
Cet ingénieur voulait rendre Grok plus sûr, Elon Musk l’a viré
Devin Kim, l'un des premiers ingénieurs recrutés par xAI en 2024, a déposé une plainte devant un tribunal californien contre la société d'Elon Musk et sa maison mère SpaceX. Kim, qui avait rapidement gravi les échelons pour occuper un poste de direction stratégique, affirme avoir été licencié abruptement en septembre 2025, quelques heures seulement avant une présentation sur la sécurité de l'IA qu'il devait soumettre à la direction de l'entreprise. Il accuse xAI de représailles et de licenciement abusif en violation du droit californien, et réclame des dommages et intérêts dont le montant n'a pas été précisé. La plainte survient simultanément à la publication d'un rapport d'un organisme canadien de surveillance concluant que Grok enfreint les lois canadiennes sur la protection de la vie privée, notamment en raison d'un outil de génération d'images permettant la création de deepfakes sexuels sans le consentement des personnes représentées.
Selon les documents judiciaires, Kim avait alerté à plusieurs reprises ses supérieurs sur l'absence de priorité accordée à la sécurité au sein de xAI, une situation qui exposait l'entreprise à des risques majeurs : diffusion de contenus discriminatoires, mais aussi production d'informations susceptibles de faciliter la prolifération d'armes de destruction massive. Kim précise qu'Elon Musk souhaitait en principe voir des procédures de sécurité rigoureuses mises en place, mais que Jimmy Ba, cofondateur de xAI et supérieur hiérarchique direct de Kim, aurait systématiquement ignoré ces directives et rejeté les demandes de renforcement des mécanismes de protection. Le licenciement aurait donc visé directement à faire taire un lanceur d'alerte interne au moment le plus critique.
Cette affaire s'inscrit dans une série de controverses qui frappent depuis plusieurs années les entreprises d'Elon Musk, des accusations liées à la sécurité des employés chez Tesla aux critiques sur la conduite autonome. Grok en particulier fait l'objet d'enquêtes et de procédures judiciaires dans plusieurs pays. Des chercheurs du Center for Countering Digital Hate ont estimé que le chatbot aurait généré près de 23 000 images à caractère sexuel, dont certaines impliquant des enfants, sur une période de onze jours entre décembre 2025 et janvier 2026, parfois à partir de photographies de femmes utilisées sans leur autorisation. En janvier, Musk avait affirmé ne pas avoir eu connaissance de la génération d'images de mineurs. Face à la pression réglementaire croissante, xAI a finalement restreint les capacités de génération d'images de Grok début 2026. Le cas Kim pourrait néanmoins accélérer les demandes de contrôle législatif sur les pratiques internes des grandes entreprises d'IA, en particulier aux États-Unis.
La violation des lois canadiennes sur la vie privée documentée par un organisme de surveillance ouvre la voie à des enquêtes similaires en Europe, où Grok est soumis au RGPD et où des autorités comme la CNIL pourraient diligenter des investigations sur la génération de deepfakes sexuels non consentis.
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