
Coexistence et fin de la co-intelligence
Ethan Mollick, professeur à Wharton et auteur du bestseller du New York Times Co-Intelligence, annonce un nouvel ouvrage intitulé Co-Existence, dont la sortie est prévue le 20 octobre 2026. Publié il y a deux ans, Co-Intelligence avait été traduit en plus de 25 langues, avec les Pays-Bas et la Corée comme principaux marchés. Ce premier livre traitait d'un monde où l'humain restait au centre et où l'IA jouait un rôle d'assistant, un modèle de collaboration par allers-retours avec un chatbot. Co-Existence s'attaque à une réalité différente : celle où l'IA surpasse parfois les humains dans des domaines précis, mais reste loin d'être infaillible. Mollick cite deux données récentes pour illustrer ce basculement : une étude montrant que les agents de codage ont permis d'écrire dix-sept fois plus de code qu'auparavant, et un chiffre d'Anthropic selon lequel l'IA rédige désormais 80 % du code de l'entreprise, chaque développeur livrant huit fois plus qu'avant.
Ce changement d'échelle dans le développement logiciel n'est pas un cas isolé, c'est le signe avant-coureur de transformations similaires dans de nombreux secteurs. L'enjeu n'est plus de savoir si l'IA peut remplacer l'humain, mais comment travailler efficacement avec un outil qui excelle dans certains contextes et échoue dans d'autres. Mollick défend l'idée qu'il reste un large espace pour que les humains non seulement utilisent l'IA, mais en tirent un avantage réel, à condition de comprendre ses limites et sa "frontière irrégulière" de compétences. Son livre explore cette zone grise, plus complexe et plus utile que les discours binaires sur la substitution ou la supériorité humaine.
Dans son propre processus d'écriture, Mollick a appliqué ce principe de manière révélatrice. Il a rédigé lui-même chaque chapitre, l'IA, dit-il, peeine à raconter de bonnes histoires, produit des textes prévisibles et manque de personnalité sur la longueur. En revanche, il a utilisé des modèles pour relire ses chapitres, vérifier ses sources (en lisant chaque citation lui-même) et débloquer les impasses de réflexion. L'ambivalence est perceptible jusque dans les détails : son précédent livre contenait 128 tirets cadratins, une marque stylistique personnelle qu'il a délibérément évitée cette fois, craignant qu'elle ne trahisse une rédaction assistée par IA. Ce geste d'autocensure stylistique illustre mieux que n'importe quel argument la tension centrale de son nouveau livre : comment rester soi-même dans un monde où l'IA imite de mieux en mieux ce qu'on est.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.



