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☕️ Pour le patron de Grammarly, tout expert pourrait tirer profit d’agents d’IA à son nom
ÉthiqueNext INpact · 2 min de lecture

☕️ Pour le patron de Grammarly, tout expert pourrait tirer profit d’agents d’IA à son nom

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Shishir Mehrotra, PDG de Superhuman (société éditrice de Grammarly), tente de défendre sa fonctionnalité « Expert Review » tout en admettant sa suppression précipitée. Lancée sans supervision suffisante, la décision aurait été prise par « un gestionnaire de produit et quelques ingénieurs » parmi les 1 500 employés de l'entreprise, elle permettait de réviser des textes en imitant le style d'auteurs, scientifiques et journalistes réels, sans leur consentement. Suspendue le 12 mars, quelques heures après que des médias francophones eurent identifié les noms de personnalités comme Valérie Masson-Delmotte, Annie Ernaux ou Florence Aubenas dans l'outil, la fonctionnalité cristallise désormais un débat plus large sur l'usage commercial des identités par l'IA.

La controverse touche à une question fondamentale pour le secteur : peut-on utiliser le nom et l'œuvre d'une personnalité publique pour alimenter un produit commercial sans compensation ni accord préalable ? Mehrotra balaie d'abord les accusations d'usurpation d'identité comme « un peu exagérées », arguant que la visibilité en ligne constitue en soi une forme de bénéfice pour les experts cités. Cette position, vivement rejetée par la communauté des journalistes et des universitaires, place Grammarly dans une posture délicate à l'heure où la jurisprudence sur les droits des créateurs face aux LLM reste largement à construire.

Sur le plan juridique, la journaliste Julia Angwin et d'autres plaignants ont engagé des poursuites aux États-Unis pour usage non consenti du nom et de l'identité. Techniquement, Mehrotra précise que les noms intégrés à l'outil « viennent directement des LLM populaires », Grammarly n'aurait fait qu'encapsuler une requête adressée à des modèles comme Claude ou Gemini, leur demandant d'améliorer un texte en s'appuyant sur les travaux des profils les plus pertinents. Aucune base de données propriétaire n'aurait donc été constituée, ce qui soulève une autre question : la responsabilité incombe-t-elle à l'éditeur du produit ou aux fournisseurs de modèles sous-jacents ?

Pressé trois fois sur la question de la rémunération, le dirigeant finit par esquisser un modèle économique futur : des agents IA personnalisés représentant un expert, monétisables selon une répartition 70 % pour l'auteur, 30 % pour la plateforme, un schéma calqué sur l'économie des créateurs de contenu, sans que soit abordée la question du consentement initial. Cette proposition, formulée après une levée de fonds de un milliard de dollars, illustre la tendance du secteur à construire des modèles de partage de revenus après coup, une fois les usages établis et les contestations juridiques engagées.

Impact France/UE

Le RGPD et l'AI Act encadrent strictement l'usage de l'identité et des données personnelles sans consentement, rendant une fonctionnalité similaire illégale en Europe avant même tout recours judiciaire.

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La journaliste Julia Angwin a déposé une plainte collective contre Grammarly, accusant la société d'avoir utilisé son identité sans consentement dans sa fonctionnalité "Expert Review" basée sur l'IA. Cette fonctionnalité exploitait les noms et la réputation de vraies personnalités publiques pour des suggestions éditoriales, violant les lois sur les droits à l'image et à la vie privée. Angwin a découvert l'utilisation de son identité via le journaliste Casey Newton, également concerné par la pratique.

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Meta transforme ses salariés en « rats de laboratoire » pour son futur agent IA
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Meta surveille les habitudes informatiques de ses employés pour entraîner son futur agent IA. Selon des notes internes révélées par Reuters, l'entreprise a déployé un logiciel de suivi intégré à certains outils professionnels internes, capable d'enregistrer les mouvements de souris, les clics, les frappes clavier et de capturer régulièrement des captures d'écran. Ces données sont collectées sur des applications internes et des sites web professionnels, avec pour objectif de documenter précisément comment les humains interagissent avec leur machine au quotidien. Un porte-parole de Meta confirme que ces informations servent à améliorer la capacité des agents IA à réaliser des tâches concrètes : naviguer dans des menus, cliquer sur des boutons, reproduire des séquences d'actions basiques mais essentielles. L'entreprise assure également que ces données ne seront pas utilisées pour évaluer la performance individuelle des salariés. L'enjeu est considérable pour le développement des agents IA dits "computer use", capables d'opérer directement sur un ordinateur comme le ferait un humain. Les textes, images et vidéos disponibles sur internet sont déjà massivement exploités pour entraîner les grands modèles de langage, mais les données d'interaction réelle avec une interface restent rares et difficiles à obtenir à grande échelle. Des entreprises concurrentes ont recours à des environnements simulés pour générer ce type de données comportementales, une approche coûteuse et imparfaite. En mobilisant directement ses propres employés, Meta accède à des flux de comportements authentiques, dans des contextes de travail réels, ce qui représente un avantage compétitif significatif pour entraîner des agents performants sur des tâches professionnelles. Cette initiative s'inscrit dans un contexte de pression croissante chez Meta autour de l'IA. L'entreprise, qui a massivement investi dans le développement de ses modèles Llama et de ses agents conversationnels, cherche à combler son retard sur des acteurs comme OpenAI ou Google dans le domaine des agents autonomes. En parallèle, Reuters rapporte que Meta envisage de fixer des objectifs d'usage de l'IA à certains de ses personnels, et réfléchirait à une réduction potentielle de ses effectifs mondiaux pouvant atteindre 10 %. La collecte de données sur les employés soulève néanmoins des questions éthiques sur le consentement et la surveillance au travail, même si Meta la présente comme une contribution collective au progrès technologique interne. La frontière entre outil d'entraînement et surveillance professionnelle reste floue, et cette démarche pourrait alimenter les débats réglementaires sur les droits des travailleurs à l'ère de l'IA.

UELe RGPD encadre strictement la surveillance des salariés en Europe, rendant une pratique similaire juridiquement risquée pour toute entreprise opérant dans l'UE, et pourrait accélérer les débats législatifs sur les droits des travailleurs face à l'IA générative.

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Les agents IA ne sont pas vos collègues
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Une étude conduite par Emma Wiles, professeure en management à l'Université de Boston, révèle un paradoxe troublant : appeler un agent IA "collègue" rend les travailleurs humains moins performants. En analysant le comportement de 1 261 managers, elle a constaté que les participants détectaient 18 % d'erreurs en moins lorsque le travail était présenté comme produit par un "employé IA" plutôt que par un simple chatbot. Plus alarmant encore, ils étaient 44 % plus susceptibles d'escalader le travail douteux de l'IA à leur propre supérieur, annulant ainsi le gain de temps censé justifier le recours à ces outils. Près d'un tiers des managers interrogés indiquent que leur entreprise positionne déjà les agents IA comme des employés à part entière, 23 % allant jusqu'à les inscrire dans les organigrammes officiels. Cette confusion sémantique n'est pas anodine : elle redistribue insidieusement la responsabilité. Lorsqu'un outil est présenté comme un subordonné, les humains qui le supervisent se sentent moins imputables de ses résultats. Dans des secteurs comme la santé, l'éducation, la défense ou les institutions publiques, ce glissement peut avoir des conséquences graves. L'exemple de la frappe sur une école de filles en Iran, promptement attribuée dans l'opinion publique au modèle Claude, alors que tout indique une cascade d'erreurs humaines, illustre ce risque : les agents IA deviennent des boucs émissaires commodes pour des défaillances qui sont, en réalité, le produit de mauvaises décisions et d'une supervision insuffisante. Daron Acemoglu, économiste au MIT et lauréat du prix Nobel 2024, est direct sur ce point : "Les agents IA sont actuellement vendus comme des remplaçants de l'humain, et c'est une proposition perdante." Ce marketing du "collègue digital" s'est accéléré depuis début 2025, avec Microsoft, OpenAI, Anthropic et Google qui ont tous lancé des plateformes de gestion d'équipes d'agents IA présentés comme dotés de la flexibilité et de la puissance cognitive de véritables humains. Jensen Huang, PDG de Nvidia, évoquait dès l'an dernier des lieux de travail peuplés de "digital humans". Pourtant, une étude de Stanford portant sur 1 500 travailleurs dans 104 métiers révèle un décalage profond entre ce que les experts tech jugent automatisable et ce que les travailleurs eux-mêmes souhaitent déléguer. La conclusion s'impose : renommer un logiciel "Alex" et lui attribuer un titre ne le rend ni plus compétent, ni plus digne de confiance. Cela rend surtout les humains autour de lui moins vigilants.

UELes organisations européennes intégrant des agents IA dans leurs équipes s'exposent à une dilution de la chaîne de responsabilité, risque particulièrement grave dans les secteurs régulés comme la santé, l'éducation ou les services publics soumis au cadre de l'AI Act.

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Meta a dû reculer face à la fronde interne provoquée par son programme MCI (Model Capability Initiative), un dispositif de surveillance des employés lancé en avril 2026 et destiné à entraîner ses intelligences artificielles. Selon une note interne relayée par The Information et des publications consultées par Reuters, l'entreprise a annoncé plusieurs ajustements : renforcement des protections de la vie privée, possibilité pour certains salariés de demander une exemption, et introduction d'une fonction permettant de suspendre le suivi pendant 30 minutes. Concrètement, MCI enregistre les mouvements de souris, les clics, la navigation dans les menus et surveille plus de 200 applications et sites web sur les ordinateurs des employés américains. L'objectif déclaré est de développer des agents IA capables d'exécuter de manière autonome des tâches informatiques du quotidien. Mais des analyses internes ont révélé que la collecte allait bien au-delà : modifications de code, cycles de mise en veille, historiques de navigation, contenus copiés-collés dans le presse-papiers, et même des échanges par e-mail ou Google Chat impliquant des collègues situés hors des États-Unis. Meta a par ailleurs reconnu que certaines de ces données avaient été stockées sous une forme moins sécurisée que prévu, et que le logiciel provoquait des pics de consommation internet pouvant épuiser un forfait mensuel en quelques jours. L'ampleur de la révolte illustre les limites d'une approche qui traite les salariés comme source de données d'entraînement sans leur consentement éclairé. Le porte-parole Dave Arnold a insisté sur le fait que MCI cible les interactions avec les ordinateurs et non le contenu affiché, mais les journaux techniques examinés en interne contredisent partiellement cette affirmation. Pour les employés concernés, les enjeux sont doubles : une atteinte directe à la vie privée sur leurs outils de travail, et un précédent qui pourrait normaliser une surveillance de masse au sein des grandes entreprises tech. Pour le secteur plus largement, cette résistance pose une question de fond : jusqu'où les entreprises peuvent-elles mobiliser leurs propres effectifs comme matière première pour l'IA sans déclencher une opposition organisée ? Meta n'est pas seule à chercher des données comportementales réalistes pour entraîner des agents IA capables de piloter des interfaces graphiques. Microsoft, Google et Anthropic travaillent tous sur des systèmes similaires. La différence, c'est que Meta a choisi de collecter ces données directement sur les machines de ses propres employés, court-circuitant le recours à des datasets publics ou à des utilisateurs volontaires. Cette stratégie révèle une pression croissante sur les labos d'IA pour produire des agents "computer use" compétitifs, dans un calendrier serré. Les concessions annoncées par Meta ressemblent davantage à un ajustement tactique qu'à une remise en cause du programme : MCI continue de fonctionner, et la collecte de comportements humains réels demeure au coeur de la course aux agents autonomes.

UELa collecte incluait des données d'employés hors États-Unis, exposant potentiellement Meta à des sanctions RGPD et posant un précédent sur la légalité de la surveillance des salariés dans les entreprises tech opérant en Europe.

ÉthiqueActu
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