
L'ère des agents asynchrones : Walden Yan de Cognition et Cole Murray d'OpenInspect

En mai 2026, Cognition, la startup à l'origine de l'agent de développement Devin, a annoncé une levée de fonds de série D d'un milliard de dollars, une opération largement sursouscrite malgré la multiplication des concurrents sur le marché. Walden Yan, cofondateur et directeur produit de l'entreprise, qui a également forgé l'expression "context engineering", s'est entretenu avec Cole Murray, créateur d'OpenInspect, pour analyser ce qu'ils nomment "l'ère des agents asynchrones". Les chiffres internes parlent d'eux-mêmes : Devin a multiplié par sept son volume de pull requests, et sa part dans les commits des dépôts de Cognition est passée de 16 % à 80 % depuis le tournant de décembre 2025, quand les modèles de langage ont franchi un seuil qualitatif déterminant.
Ce virage vers les agents de fond marque une rupture nette avec les deux générations précédentes d'outils IA pour développeurs. La première vague, celle des Copilot et de l'autocomplétion de Cursor, accélérait le développeur sans jamais le sortir de la boucle : il regardait le modèle suggestion par suggestion, poussait le code interaction par interaction. La deuxième vague, celle des agents locaux comme Claude Code ou Windsurf, a multiplié les terminaux parallèles mais restait centrée sur le flux de travail individuel du développeur. Aujourd'hui, le modèle émergent repose sur des agents à qui l'on confie une tâche, un dépôt, une machine, un shell, un navigateur et des boucles de révision, puis qui travaillent en arrière-plan de façon autonome. Comme l'a formulé Michael Truell, fondateur de Cursor, l'outil ne sert plus à écrire du code, mais à construire "la fabrique qui crée le logiciel", composée de flottes d'agents traités comme des coéquipiers.
Ce basculement s'opère dans un paysage industriel sous tension. D'un côté, des laboratoires d'agents valorisés à plusieurs dizaines de milliards de dollars comme Sierra, Decagon ou Cursor ; de l'autre, une prolifération de frameworks open source (LangGraph, Pydantic) et d'agents managés proposés par Anthropic, Google et Amazon qui facilite la construction en interne. Des entreprises comme Shopify, Stripe ou Razorpay ont déjà développé leurs propres agents de codage, et même Ramp, proche de Cognition, a bâti le sien avec Modal. Les défis techniques restent néanmoins considérables : séparation du cerveau et de la machine d'exécution, configuration initiale des dépôts, orchestration multi-agents, limites du protocole MCP, gestion de la mémoire, sécurisation des secrets dans des environnements isolés. Le flux "spec to pull request" devient une réalité en production, mais l'infrastructure qui le rend fiable et sécurisé reste un terrain de construction active pour tout le secteur.
Les équipes de développement françaises et européennes seront progressivement concernées par la transition vers les agents de codage asynchrones, mais aucun impact direct sur des entreprises ou réglementations françaises ou européennes n'est identifié dans l'article.
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