
Le SaaS est-il mort ?

La question commence à circuler sérieusement dans les cercles tech : le SaaS est-il en train de mourir ? Dans sa newsletter Ben's Bites, l'investisseur et analyste Dan Shipper défend une thèse nuancée mais inquiétante pour les éditeurs de logiciels traditionnels. Le problème ne vient pas de ce que les entreprises peuvent désormais coder leurs propres outils grâce à l'IA, c'est un argument souvent avancé mais qui reste marginal en pratique. Le vrai problème, selon lui, est structurel : les outils SaaS sont conçus pour une base d'utilisateurs massive, ils grossissent en permanence, accumulent des fonctionnalités, modifient leurs interfaces, et finissent par dépasser les besoins réels de leurs clients. L'utilisateur ne voulait qu'une fraction du produit, et se retrouve prisonnier d'un outil qui a outgrown lui. Cette semaine, plusieurs actualités illustrent concrètement cette bascule : OpenAI a sorti du stade expérimental le mode "Goal" de Codex, qui permet d'exécuter des workflows en plusieurs étapes avec un objectif unique en tête. Le protocole MCP reçoit une mise à jour majeure dont la finalisation est prévue pour le 28 juillet, ajoutant le support natif pour les interfaces applicatives, les tâches longues, et des règles de sécurité renforcées. Perplexity a open-sourcé Bumblebee, un scanner de sécurité pour machines de développeurs qui détecte les packages risqués et les configurations d'agents IA sans exécuter les outils inspectés.
Ce mouvement a des conséquences directes pour les entreprises qui achètent des logiciels. Si les outils rigides perdent de leur attrait, les architectures composables gagnent en valeur. WorkOS, dont le positionnement officiel est « un ensemble de blocs de construction pour ajouter rapidement des fonctionnalités enterprise à vos applications », et Stripe, qui propose ses services en modules indépendants, incarnent ce nouveau modèle. Pour les professionnels tech, l'enjeu est concret : ils peuvent désormais assembler un éditeur de documents ici, un agent là, et composer un outil sur mesure pour leur usage exact, sans payer pour l'excédent de features qu'ils n'utiliseront jamais. C'est ce que l'auteur appelle l'ère du « logiciel personnalisable ».
La montée en puissance des agents IA accélère cette transformation. Un logiciel que l'on ne peut pas piloter par API, CLI ou SDK devient difficile à intégrer dans des workflows automatisés, et donc progressivement obsolète. Les startups qui parient sur cette logique prolifèrent : WorkOS vient de publier auth.md, un protocole ouvert permettant aux agents de s'enregistrer à des services web au nom des utilisateurs. Cloudsail propose des sandboxes Cloudflare fraîches pour agents de code, avec accès shell, Codex et GitHub. Un fondateur solo décrit même dans un billet comment il fait tourner une startup entière avec des agents IA dans les rôles de directeur de cabinet (OpenClaw) et d'ingénieurs (Codex, Devin). L'industrie SaaS n'est peut-être pas morte, mais son modèle monolithique, lui, est sérieusement menacé.
Les éditeurs SaaS européens et les entreprises françaises acheteuses de logiciels sont directement concernés par ce glissement vers des architectures composables, qui remet en question les modèles d'abonnement monolithiques dominants sur le marché.
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