Aux Etats-Unis, des demandeurs d’emploi attaquent des logiciels de recrutement utilisant l’IA, pour discrimination par l’âge
Des milliers de candidats à l'emploi ont engagé des poursuites judiciaires contre Workday, l'un des principaux éditeurs de logiciels de ressources humaines aux États-Unis, accusant ses outils d'intelligence artificielle de discriminer les candidats selon leur âge, leur race ou leur handicap. L'affaire, portée en recours collectif devant les tribunaux fédéraux californiens, reproche à Workday d'avoir conçu des algorithmes de tri automatisé qui écartent systématiquement certains profils avant même qu'un recruteur humain n'examine leur dossier. Les plaignants, dont beaucoup ont plus de 40 ans, soutiennent avoir été éliminés non pas sur leurs compétences, mais en raison de caractéristiques protégées par le droit américain.
L'enjeu juridique est inédit : c'est le fournisseur du logiciel lui-même qui est visé, et non les entreprises clientes qui l'utilisent pour gérer leurs recrutements. Cette approche pourrait redéfinir la chaîne de responsabilité dans l'automatisation RH, forçant les éditeurs à répondre des biais embarqués dans leurs systèmes. Si la jurisprudence se précise en faveur des plaignants, toute l'industrie des ATS (applicant tracking systems) pourrait être contrainte de revoir ses modèles et de démontrer l'équité de leurs critères de sélection.
Ce contentieux s'inscrit dans une vague plus large de remises en cause des usages de l'IA dans l'emploi. La loi américaine sur la discrimination par l'âge (ADEA) interdit tout traitement défavorable des travailleurs de plus de 40 ans, mais son application aux systèmes automatisés reste largement non testée. Parallèlement, des villes comme New York ont déjà imposé des audits obligatoires sur les outils d'IA utilisés en recrutement. L'issue de la procédure contre Workday, dont les logiciels sont déployés dans des milliers d'entreprises mondiales, sera suivie de près comme un précédent potentiel pour encadrer l'IA dans les ressources humaines.
Un précédent américain favorable aux plaignants renforcerait la pression sur les éditeurs de logiciels RH opérant en Europe, où l'AI Act impose déjà des exigences de transparence et de non-discrimination pour les systèmes d'IA utilisés dans le recrutement.
Ce procès, c'est le premier vrai test de qui porte la responsabilité quand un algo élimine des gens avant même qu'un humain ait vu leur CV. Que ce soit Workday dans le viseur plutôt que les entreprises clientes, ça change tout, parce que ça force enfin les éditeurs à répondre des biais qu'ils ont mis dans leurs modèles. Reste à voir si ça tient, mais si la jurisprudence va dans ce sens, tous les ATS vont devoir ouvrir leurs boîtes noires.