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Entraînement des IA et droit d’auteur : l’industrie culturelle veut l’adoption rapide de la loi
RégulationNext INpact6sem· 2 min de lecture

Entraînement des IA et droit d’auteur : l’industrie culturelle veut l’adoption rapide de la loi

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Le 8 avril 2026, le Sénat français adoptait à l'unanimité une proposition de loi instaurant une présomption d'exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d'intelligence artificielle. Portée par la sénatrice Agnès Evren (LR), la loi renverse la charge de la preuve : ce n'est plus au créateur de démontrer que son œuvre a été utilisée pour entraîner un modèle d'IA, mais à l'entreprise d'IA de prouver qu'elle ne l'a pas fait. Le texte attend désormais son inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Pour accélérer le processus, 81 organisations culturelles et de l'information, dont la SACEM, la SCAM, l'ADAMI et le SNEP, ont publié une lettre ouverte appelant les députés à examiner rapidement la proposition. Ces acteurs demandent également la création d'un marché de licences volontaires qui permettrait une rémunération négociée des ayants droit.

L'enjeu est considérable pour des secteurs qui voient leurs œuvres aspirées massivement par des entreprises technologiques sans contrepartie financière ni consentement préalable. La présomption légale offrirait à l'industrie culturelle un levier juridique concret face à des acteurs comme OpenAI ou Google, régulièrement visés par des plaintes pour violation du droit d'auteur. Pour les organisations signataires, l'objectif n'est pas le procès systématique mais la création des conditions d'un vrai rapport de force : forcer les entreprises d'IA à venir négocier, plutôt que d'ignorer les créateurs. Un marché de licences structuré garantirait à la fois la compétitivité de la presse et des industries créatives, et offrirait aux modèles d'IA une sécurité juridique présentée comme un avantage concurrentiel.

Le passage du texte à l'Assemblée nationale est toutefois loin d'être acquis. Le gouvernement a émis des réserves importantes : la ministre déléguée chargée du numérique, Anne Le Hénanff, a averti que la présomption d'exploitation exposerait l'ensemble des acteurs économiques utilisant de l'IA, des start-up aux entreprises du CAC 40, à un risque de contentieux « dévastateur ». La France se situe ainsi à contre-courant de la tendance mondiale : au Royaume-Uni, le gouvernement avait au contraire envisagé une exception au droit d'auteur autorisant l'entraînement commercial des modèles sans permission préalable, avant de suspendre le projet sous pression des artistes. À l'échelle européenne, le débat sur l'équilibre entre innovation et droits des créateurs reste ouvert, et l'issue française pourrait peser sur la norme continentale.

Impact France/UE

Si adoptée par l'Assemblée nationale, cette loi française renversant la charge de la preuve sur l'entraînement des IA pourrait établir un précédent réglementaire européen et contraindre les fournisseurs d'IA opérant en France à négocier des licences avec les ayants droit culturels.

💬 L'analyse de Mathieu

Renverser la charge de la preuve, c'est le seul levier qui avait du sens dans ce bras de fer. Les créateurs ne peuvent pas prouver ce qui se passe dans les pipelines d'entraînement de Google ou OpenAI, mais les boîtes d'IA, elles, peuvent vérifier leurs données sources, et c'est exactement ça qui force la négociation. Reste à voir si l'Assemblée suit, ou si les lobbies tech ont eu le temps de faire leur travail.

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Le Sénat français a adopté à l'unanimité, le 8 avril 2026, une proposition de loi instaurant une présomption d'utilisation des contenus culturels protégés par le droit d'auteur lors de l'entraînement des systèmes d'intelligence artificielle. Portée par la sénatrice Agnès Evren (LR), le texte dispose que toute œuvre protégée par un droit d'auteur ou un droit voisin est présumée avoir été utilisée par un fournisseur d'IA dès lors qu'un indice rend cette utilisation vraisemblable, par exemple, si un chatbot est capable de citer des extraits d'un livre. En cas de contentieux, ce ne sera donc plus au créateur de prouver que son œuvre a été moissonnée, mais à l'opérateur de l'IA de démontrer qu'il ne l'a pas utilisée de façon irrégulière. La proposition doit désormais passer en première lecture à l'Assemblée nationale. Ce renversement de la charge de la preuve modifie structurellement le rapport de force entre ayants droit et géants technologiques. Jusqu'ici, les créateurs, auteurs, éditeurs, musiciens, journalistes, se trouvaient dans l'impossibilité pratique de prouver que leurs œuvres avaient servi à entraîner des modèles dont les données d'entraînement restent opaques, souvent protégées par le secret des affaires. La nouvelle présomption leur offre un levier juridique concret : obliger les entreprises d'IA à justifier leurs pratiques devant un tribunal, ou, mieux, à négocier des accords de licence en amont pour éviter les procédures. Pour l'industrie de l'IA, cela implique une pression accrue vers la transparence sur les corpus d'entraînement, avec des conséquences potentielles sur les modèles entraînés massivement sur du contenu web non licencié. La proposition s'inscrit dans un mouvement plus large de régulation du rapport entre IA et propriété intellectuelle. Au niveau européen, le rapport de l'eurodéputé Alex Voss, voté le 11 mars 2026 au Parlement européen, recommandait déjà d'instaurer une présomption réfragable similaire, bien que limitée aux cas de non-respect des obligations de transparence prévues par l'AI Act. Le Sénat français va donc plus loin que Bruxelles, ce qui n'a pas manqué de susciter des réserves du côté du gouvernement : les ministres de la Culture et du Numérique ont mis en garde contre les risques de judiciarisation excessive et d'insécurité juridique, préférant privilégier la voie de la négociation. Ce débat illustre la tension persistante entre la nécessité de protéger la création culturelle et celle de ne pas entraver le développement d'une industrie dans laquelle la France et l'Europe cherchent à peser face aux acteurs américains et chinois.

UELes fournisseurs d'IA opérant en France devront désormais prouver qu'ils n'ont pas utilisé irrégulièrement des œuvres protégées, sous peine de contentieux, ce qui les pousse à négocier des licences ou à documenter leurs corpus d'entraînement pour le marché français et, potentiellement, européen.

💬 C'est le renversement qu'on attendait depuis que les premiers procès ont calé faute de preuves. Obliger les opérateurs à justifier leurs corpus plutôt que d'imposer aux créateurs de prouver le pillage, c'est enfin remettre la charge du côté qui a les moyens de l'assumer. Reste à voir ce que l'Assemblée en fait, et si le gouvernement ne vide pas le texte de sa substance sous prétexte de "compétitivité".

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La Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale a adopté mardi 2 juin la proposition de loi visant à instaurer une présomption d'utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d'intelligence artificielle. Votée à l'unanimité par le Sénat le 8 avril, la proposition est portée par la sénatrice Agnès Evren (LR). Son principe tient en un article unique : inverser la charge de la preuve en matière de droit d'auteur. Aujourd'hui, c'est à l'auteur ou à l'éditeur de démontrer qu'une entreprise d'IA a utilisé ses œuvres pour entraîner ses modèles. Demain, si la loi est adoptée, cette utilisation sera automatiquement présumée dès lors qu'un indice lié au développement ou aux résultats d'un système d'IA la rend vraisemblable. Les débats en commission se sont révélés relativement consensuels, l'ensemble des groupes, à l'exception du RN, jugeant le texte équilibré. Un amendement déposé par Prisca Thevenot (Renaissance) pour abaisser le seuil de déclenchement de la présomption a été rejeté, tout comme les 15 autres amendements présentés. Le texte sera examiné en séance publique le 11 juin. L'enjeu est considérable pour les créateurs et les sociétés de gestion de droits françaises, qui réclament ce type de dispositif depuis plusieurs années. En renversant la charge de la preuve, la loi contraindrait les grandes entreprises d'IA à démontrer qu'elles n'ont pas utilisé des œuvres protégées, ou à négocier des accords financiers avec les ayants droit pour se prémunir de poursuites judiciaires. Selon ses défenseurs, dont Agnès Evren, l'objectif n'est pas de multiplier les procès mais d'obliger l'industrie de l'IA à passer d'une logique de prédation à une logique de transparence et de rémunération. Les auteurs, musiciens, journalistes et autres créateurs dont les œuvres alimentent les modèles sans compensation pourraient ainsi voir leur situation radicalement changer. Le texte ne fait pourtant pas l'unanimité, et les débats en séance publique s'annoncent plus tendus qu'en commission. Le député Paul Midy (5e circonscription de l'Essonne) a publiquement tiré la sonnette d'alarme après l'adoption en commission, dénonçant une mesure susceptible de fragiliser Mistral AI, la principale entreprise française dans le secteur des grands modèles de langage. Cet argument de compétitivité nationale illustre la tension centrale du débat européen sur l'IA : comment protéger les droits des créateurs sans handicaper les acteurs locaux face aux géants américains et chinois, soumis à des cadres juridiques bien moins contraignants ? La France se retrouve ainsi à trancher un dilemme que l'Union européenne n'a pas su résoudre dans l'AI Act, et la séance du 11 juin déterminera si le législateur français choisit de pencher du côté des artistes ou de celui des investisseurs.

UESi adoptée, cette loi française inverserait la charge de la preuve en matière de droits d'auteur pour l'IA, contraignant Mistral AI et tous les développeurs de modèles actifs en France à démontrer qu'ils n'ont pas utilisé d'œuvres protégées, ou à négocier des accords de rémunération avec les ayants droit, un précédent susceptible d'influencer la régulation européenne.

💬 C'est la loi qui aurait dû exister il y a trois ans. Renverser la charge de la preuve, ça met fin à la logique absurde où c'est l'auteur spolié qui doit prouver qu'il s'est fait spolier. L'argument Mistral est compréhensible, mais si payer des droits aux créateurs les "fragilise", c'est qu'il y avait un problème de modèle économique depuis le début.

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Londres renonce (pour l’instant) à assouplir le droit d’auteur en faveur de l’industrie IA

Le gouvernement britannique a abandonné son projet controversé d'assouplissement du droit d'auteur au profit de l'industrie IA. Ce projet aurait permis aux entreprises IA d'entraîner leurs modèles sur les œuvres d'artistes britanniques sans permission préalable, en renversant la charge de la preuve sur les créateurs. Pour l'instant, le statu quo est maintenu : les artistes conservent le contrôle sur l'utilisation de leurs œuvres.

UELa décision britannique renforce la position des créateurs européens dans le débat sur le droit d'auteur appliqué à l'IA, et pourrait influencer les futures discussions réglementaires au sein de l'UE sur l'encadrement de l'entraînement des modèles.

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Le Parlement européen a adopté ce jeudi une position officielle sur la simplification du règlement sur l'intelligence artificielle, avec 569 voix pour, 45 contre et 23 abstentions. Les députés proposent de repousser l'entrée en vigueur des obligations pour les systèmes d'IA à haut risque du 2 août 2026 au 2 décembre 2027, soit près d'un an et demi de délai supplémentaire. Les systèmes couverts par la législation sectorielle européenne de sécurité et de surveillance du marché sont, eux, repoussés au 2 août 2028. Par ailleurs, les règles sur le marquage numérique des contenus générés par IA — images, vidéos, textes, audio — sont décalées à novembre 2026, alors qu'elles devaient entrer en vigueur cet été. En parallèle, les députés introduisent une interdiction explicite des outils de « nudification », ces applications qui utilisent l'IA pour créer ou manipuler des images sexuellement explicites ressemblant à une personne réelle identifiable sans son consentement. Ces reports témoignent d'une tension profonde au sein des institutions européennes entre l'ambition régulatrice et la pression économique. Repousser les obligations pour les systèmes à haut risque signifie que des outils d'IA déployés dans des domaines sensibles — recrutement, crédit, justice, médecine — pourront continuer à opérer sans audit formel pendant encore deux ans. Pour les entreprises tech, c'est un répit bienvenu ; pour les associations de défense des droits numériques, c'est une capitulation devant les lobbys industriels. L'interdiction des outils de nudification apporte en revanche une réponse concrète à une urgence documentée : l'Internet Watch Foundation a alerté cette semaine sur la multiplication d'images et vidéos pédocriminelles générées par IA, soulignant l'ampleur du problème dès maintenant, bien avant toute entrée en vigueur d'un cadre légal. Ce vote s'inscrit dans le septième paquet omnibus de simplification proposé par la Commission européenne depuis novembre 2025, qui cherche à alléger les contraintes réglementaires pesant sur les entreprises dans un contexte de compétition accrue avec les États-Unis et la Chine. Le vote de position du Parlement ouvre désormais la voie aux négociations avec le Conseil de l'UE, puis à un trilogue avant le vote définitif sur la version consolidée de l'AI Act. La question du marquage des contenus IA est particulièrement sensible : des bases de données recensent déjà près de 12 000 sites d'actualités entièrement générés par IA, rendant la traçabilité de l'origine des contenus d'autant plus urgente. Le calendrier législatif révisé laisse donc plusieurs mois supplémentaires pendant lesquels ces contenus circuleront sans obligation d'identification.

UELe Parlement européen vote pour repousser les obligations de l'AI Act pour les systèmes à haut risque jusqu'en décembre 2027, offrant un sursis aux entreprises françaises et européennes déployant l'IA dans des secteurs sensibles (recrutement, crédit, médecine), tout en introduisant une interdiction explicite des outils de nudification.

💬 L'interdiction des outils de nudification, c'est du concret là où il en fallait vraiment. Mais repousser les obligations sur les systèmes à haut risque jusqu'en 2027, ça veut dire deux ans de plus sans audit formel pour des IA qui décident de ton crédit ou de ton embauche, et franchement c'est un cadeau aux lobbys industriels habillé en simplification. Reste à voir si le Conseil fait mieux au trilogue, mais j'y crois moyen.

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