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Des chatbots IA divulguent de vrais numéros de téléphone
ÉthiqueMIT Technology Review6sem· 2 min de lecture

Des chatbots IA divulguent de vrais numéros de téléphone

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Depuis plusieurs mois, des utilisateurs de Google Gemini signalent un phénomène alarmant : le chatbot d'IA fournit de vrais numéros de téléphone personnels lorsqu'on lui demande des informations de contact pour des entreprises. En mars, Daniel Abraham, développeur logiciel israélien de 28 ans, a reçu un message WhatsApp d'un inconnu cherchant à contacter le service client de PayBox, une application de paiement israélienne, Gemini lui avait fourni le numéro personnel d'Abraham, qui n'a aucun lien avec la société. Lorsqu'Abraham a lui-même interrogé Gemini sur PayBox, le chatbot a généré un autre numéro WhatsApp appartenant à un particulier. Un Redditor a également rapporté avoir été submergé d'appels pendant un mois entier de la part d'inconnus cherchant avocats, designers ou serruriers. En avril, une doctorante de l'Université de Washington a obtenu de Gemini le numéro de portable personnel d'un collègue. La cause probable, selon les experts, est l'utilisation d'informations personnelles identifiables dans les données d'entraînement des modèles.

Ces incidents illustrent un risque concret et massif pour la vie privée. DeleteMe, entreprise spécialisée dans la suppression de données personnelles en ligne, signale une hausse de 400 % des demandes liées à l'IA générative en sept mois, atteignant plusieurs milliers de requêtes. Parmi ces signalements, 55 % concernent ChatGPT, 20 % Gemini, 15 % Claude et 10 % d'autres outils. Les plaintes prennent deux formes : soit un utilisateur obtient ses propres données personnelles (adresse, numéro de téléphone, membres de sa famille, employeur) en interrogeant le chatbot sur lui-même, soit le chatbot génère des coordonnées plausibles mais erronées appartenant à de vraies personnes tierces. Dans les deux cas, les conséquences peuvent être graves : harcèlement, arnaques, usurpation d'identité. Et pour l'instant, il n'existe aucun mécanisme simple permettant aux victimes de faire retirer leurs données de ces systèmes.

Ce problème s'inscrit dans un débat plus large sur la façon dont les géants de l'IA constituent leurs données d'entraînement. Les modèles de langage comme Gemini sont entraînés sur des corpus massifs extraits du web, qui contiennent inévitablement des informations personnelles publiées dans des annuaires, forums ou pages professionnelles. Contrairement aux moteurs de recherche classiques qui renvoient vers des sources vérifiables, les chatbots génèrent des réponses synthétiques sans transparence sur leur origine, rendant la vérification impossible pour l'utilisateur. Google n'a pas fourni d'explication sur les mécanismes précis à l'oeuvre, ni de solution pour les personnes dont les numéros circulent ainsi. Avec la généralisation des assistants IA dans les usages quotidiens, cette faille soulève des questions réglementaires urgentes, notamment en Europe où le RGPD impose des obligations strictes sur le traitement des données personnelles.

Impact France/UE

Le RGPD impose aux éditeurs de chatbots des obligations strictes sur le traitement et l'effacement des données personnelles, exposant Google et ses concurrents à des sanctions potentielles de la CNIL et des autorités européennes de protection des données.

💬 L'analyse de Mathieu

Des gens se font harceler au téléphone parce que Gemini a craché leur numéro perso à des inconnus cherchant un serrurier ou un avocat. Ce qui me choque, c'est qu'il n'existe aucun mécanisme pour faire retirer ses données de ces modèles (Google n'a pas daigné expliquer comment, d'ailleurs). Si t'as un profil visible en ligne, ton numéro est peut-être quelque part dans un corpus d'entraînement.

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En 2023, une femme prénommée Jennifer a passé sa photo de profil professionnelle dans un logiciel de reconnaissance faciale pour vérifier si ses anciennes vidéos pour adultes remonteraient dans les résultats. Elles sont apparues, mais avec une surprise : une de ses vidéos originales avait été modifiée, son visage remplacé par celui d'une autre personne. Son corps, lui, était toujours là. Ce cas illustre une réalité peu discutée du deepfake pornographique : si le débat se concentre habituellement sur les victimes dont le visage est incrusté sans consentement dans des contenus explicites, les créatrices de contenu adulte dont le corps est utilisé comme base sont quasi invisibles dans ce débat. Elles témoignent que des systèmes d'IA s'entraînent sur leurs productions, clonent leurs apparences, et génèrent des contenus qu'elles n'ont jamais approuvés, sans protection juridique réelle ni moyen de contrôle. En parallèle, une autre atteinte à la vie privée prend de l'ampleur : des chatbots IA comme Gemini divulguent des numéros de téléphone personnels. Un développeur a commencé à recevoir des messages WhatsApp de parfaits inconnus après que Gemini avait rendu son numéro accessible. Une chercheuse universitaire a réussi à obtenir le numéro privé d'une collègue via le même outil. Un utilisateur Reddit a vu affluer des appels de personnes cherchant des avocats, son numéro ayant été fourni par erreur par l'IA. Ces deux phénomènes ont des conséquences concrètes et durables. Pour les créatrices de contenu adulte, la perte de contrôle sur leur image corporelle menace directement leurs revenus et leur sécurité, dans un secteur déjà vulnérable juridiquement. Pour les victimes de fuites de numéros, le harcèlement involontaire généré est difficile à stopper : les experts consultés par le MIT Technology Review estiment que ces données personnelles proviennent des corpus d'entraînement des modèles, et qu'aucun mécanisme simple ne permet aux victimes d'y remédier. Ces incidents révèlent une fragilité systémique : l'IA rend triviale la recherche d'informations qui étaient auparavant dispersées ou inaccessibles. Ces problèmes s'inscrivent dans un contexte plus large de régulation encore balbutiante autour de l'IA générative. Le droit à l'image, la propriété intellectuelle sur les corps, et la protection des données personnelles n'ont pas été conçus pour répondre à ces usages. Pendant ce temps, d'autres signaux alimentent les tensions autour de l'IA : Sam Altman détient plus de deux milliards de dollars d'investissements dans des entreprises ayant des relations commerciales avec OpenAI, soulevant des accusations de conflits d'intérêts examinées par le Parti républicain. Et une étude relayée par 404 Media suggère que les développeurs perdent leurs capacités techniques à force de déléguer à l'IA, alimentant un début de backlash populaire contre sa généralisation.

UELe RGPD et l'AI Act encadrent en principe la collecte biométrique et les deepfakes non consentis, mais les victimes européennes disposent de peu de recours concrets face à des modèles entraînés sur des corpus étrangers et des plateformes peu coopératives.

💬 Ce qui me dérange dans ces deux histoires, c'est que l'IA n'a rien inventé : elle rend juste trivial ce qui était difficile avant. Un numéro dispersé dans un corpus, un corps dans une vieille vidéo, tu n'y accédais pas sans outil spécialisé, mais maintenant c'est cherchable et exploitable en quelques secondes. Le droit a été conçu pour un monde où l'information restait éparpillée, et ce monde-là n'existe plus.

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Meta a lancé une fonctionnalité appelée "Discussion Incognito" pour son assistant Meta AI, disponible dans WhatsApp et dans l'application dédiée Meta AI. Annoncée en mai 2026, cette option permet de discuter avec l'assistant dans un environnement dit sécurisé, basé sur la technologie maison de traitement privé des requêtes développée l'an dernier. Concrètement, les conversations ne sont pas enregistrées sur les serveurs de Meta, et elles sont supprimées à la fin de chaque session. Mark Zuckerberg a déclaré qu'il s'agissait du "premier grand produit d'IA pour lequel aucune trace de vos conversations n'est stockée sur des serveurs". Meta précise également que, contrairement à d'autres plateformes concurrentes, les questions et réponses ne sont pas accessibles à des tiers : le chat temporaire de ChatGPT conserve les données jusqu'à 30 jours, et celui de Gemini jusqu'à 72 heures. Cette initiative répond à un besoin réel : de nombreux utilisateurs posent à leurs assistants IA des questions très personnelles, touchant à leur santé, leurs finances ou leur vie privée. OpenAI avait lui-même révélé lors de la présentation de ChatGPT Health que les questions médicales figuraient parmi les usages les plus fréquents de son assistant. Dans ce contexte, la promesse d'une confidentialité totale devient un argument commercial fort, en particulier pour Meta, dont le modèle économique repose quasi exclusivement sur la collecte de données personnelles à des fins publicitaires. Proposer un espace d'échange véritablement privé représente donc une rupture symbolique notable avec l'image habituelle de l'entreprise. La décision n'est pas sans ironie. Le 8 mai, Meta a discrètement supprimé le chiffrement de bout en bout sur Instagram, justifiant ce recul par la complexité d'utilisation et la très faible adoption de la fonctionnalité. Autrement dit, la protection maximale des échanges entre humains a été abandonnée au motif qu'elle était peu pratique, tandis qu'elle devient un argument de vente pour les conversations avec une IA. Cette asymétrie soulève des questions sur les priorités réelles de l'entreprise en matière de vie privée. La technologie sous-jacente, documentée dans un livre blanc public, empêche théoriquement même Meta d'accéder au contenu des échanges, ce qui représente une contrainte technique significative pour un groupe habitué à monétiser chaque donnée utilisateur. La concurrence entre les grandes plateformes sur la confidentialité de leurs IA s'annonce comme un terrain de bataille croissant, à mesure que ces outils pénètrent les usages les plus intimes du quotidien.

UEWhatsApp étant l'application de messagerie dominante en France et en Europe, cette fonctionnalité touche directement des millions d'utilisateurs européens qui partagent des données sensibles avec Meta AI, dans un contexte de vigilance accrue autour du RGPD.

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UELe mode incognito sur WhatsApp répond directement aux exigences du RGPD et aux attentes des utilisateurs européens soucieux de confidentialité, dans un contexte où la CNIL et les régulateurs de l'UE examinent de plus en plus les pratiques de collecte de données des assistants IA.

💬 Meta enlève le chiffrement de bout en bout sur Instagram le 8 mai, et cinq jours après annonce que son IA sera "vraiment privée". Le grand écart. La techno derrière semble sérieuse (enclaves sécurisées, zéro trace serveur), mais le timing dit tout sur les motivations.

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La plupart des grands chatbots IA penchent à gauche sur les questions politiques, même les modèles 'anti-woke
4The Decoder 

La plupart des grands chatbots IA penchent à gauche sur les questions politiques, même les modèles 'anti-woke

Une enquête du Washington Post révèle que la grande majorité des chatbots d'intelligence artificielle affichent un biais politique orienté à gauche lorsqu'ils répondent à des questions sensibles. Le modèle GPT-5.5 d'OpenAI s'est distingué en produisant des arguments exclusivement progressistes dans 80 % des cas testés. Fait plus surprenant, Grok, le chatbot de Xai développé par Elon Musk et explicitement positionné comme une alternative aux IA jugées trop "woke", penche lui aussi plus souvent à gauche qu'à droite. Seul Gemini 3.1 Pro de Google fait exception, présentant des arguments équilibrés des deux côtés du spectre dans 93 % des cas. Ce biais systémique pose un problème de confiance majeur pour des outils que des centaines de millions de personnes utilisent désormais comme sources d'information et d'aide à la réflexion. Si les IA orientent subtilement les raisonnements politiques de leurs utilisateurs, l'impact sur la formation des opinions publiques pourrait être considérable, d'autant que ces systèmes sont de plus en plus intégrés dans les moteurs de recherche, les assistants scolaires et les outils professionnels. La question du biais politique dans les LLMs alimente les débats depuis plusieurs années, notamment aux États-Unis où les plateformes technologiques sont accusées par la droite de favoriser les narratifs progressistes. Musk avait justifié le lancement de Grok précisément par ce reproche. Ces résultats suggèrent que le biais émerge moins d'intentions délibérées que des données d'entraînement et des méthodes d'alignement elles-mêmes, rendant la correction structurellement difficile pour l'ensemble de l'industrie.

UELes biais politiques systémiques des chatbots affectent également les utilisateurs européens et interpellent les régulateurs dans le cadre de l'AI Act, qui exige transparence et neutralité pour les systèmes IA à fort impact.

💬 Le vrai enseignement ici, c'est pas que les IA penchent à gauche. C'est que même quand on essaie de corriger le biais de l'extérieur (Musk avec Grok, c'est le cas d'école), il revient par la fenêtre parce qu'il est structurel, ancré dans les données et les méthodes d'alignement elles-mêmes. Pour des outils que des centaines de millions de personnes utilisent pour se forger une opinion, c'est pas un détail de paramétrage qu'on règle en une mise à jour.

ÉthiqueActu
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