
Joanna Stern n'est pas un robot, mais elle a vécu avec eux

Joanna Stern, ancienne chroniqueuse senior en technologies personnelles au Wall Street Journal et cofondatrice du site The Verge, a quitté son poste au sein du quotidien américain pour lancer sa propre entreprise médiatique, baptisée New Things. Ce changement de cap s'accompagne de la publication de son premier livre, I Am Not a Robot, sorti le 12 mai 2026. L'ouvrage raconte une expérience radicale : pendant douze mois complets, Stern a laissé l'intelligence artificielle s'infiltrer dans chaque aspect de sa vie quotidienne, professionnelle et personnelle, ses enfants inclus. Le livre est structuré par saisons et se présente sous la forme d'un récit à la fois personnel et analytique. New Things est lancée en partenariat avec NBC, ce qui permet à Stern de maintenir une exposition grand public tout en opérant de manière indépendante.
Cette transition illustre un mouvement plus large dans le journalisme tech : des figures établies quittent les grands titres pour reprendre le contrôle éditorial et économique de leur travail, notamment via YouTube et les médias directs. Les conclusions de Stern après une année d'immersion totale dans l'IA sont à nuancer : les gadgets humanoïdes très médiatisés, comme les robots domestiques, ne sont selon elle pas du tout prêts, et pourraient ne pas l'être avant longtemps. En revanche, elle se montre clairement optimiste quant à l'IA portable, les wearables, qu'elle estime capables de devenir la première véritable application grand public justifiant tous les compromis technologiques, éthiques et financiers que l'industrie demande à la société d'accepter. Son témoignage direct a une valeur rare : peu de journalistes tech ont réellement soumis leur quotidien entier à ces outils pendant une durée aussi longue.
Stern représente une génération de journalistes technologiques qui ont couvert l'essor des smartphones, des plateformes sociales et maintenant de l'IA depuis ses débuts récents dans le grand public. Elle a cofondé The Verge en 2011 avec Nilay Patel et d'autres, avant de rejoindre le Journal. Son départ vers l'indépendance s'inscrit dans un contexte où les grands médias traditionnels peinent à retenir leurs signatures les plus fortes, face à des modèles alternatifs viables, newsletters, YouTube, podcasts monétisés. Qu'elle utilise elle-même l'IA pour structurer New Things est symptomatique : la technologie qu'elle analyse devient aussi l'outil de sa propre reconversion. Les prochains mois diront si ce pari éditorial tient face aux exigences de l'algorithme YouTube, qu'elle décrit comme une nouvelle contrainte éditoriale à apprivoiser.
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