Aller au contenu principal
La Corée du Sud vient de créer un moine robot : même Black Mirror n’avait pas osé
SociétéLe Big Data6sem· 2 min de lecture

La Corée du Sud vient de créer un moine robot : même Black Mirror n’avait pas osé

Source originale ↗·

Le 6 mai 2026, à la veille de l'anniversaire de Bouddha, le temple Jogye de Séoul, principal centre de l'ordre bouddhiste éponyme, l'un des plus influents de Corée du Sud, a organisé une cérémonie d'ordination pour un robot humanoïde. L'appareil, baptisé Gabi lors du rituel, mesure 1,30 mètre et repose sur la plateforme Unitree G1. Vêtu d'une robe monastique grise et brune, il s'est présenté devant des moines et des fidèles, les mains jointes, s'inclinant tandis qu'un moine lui remettait un chapelet de 108 perles. Un autocollant a remplacé la marque physique habituellement laissée par la brûlure d'encens. Cinq préceptes ont été spécialement réécrits pour lui : respecter la vie, ne pas endommager d'autres robots ou objets, obéir aux humains, éviter les comportements trompeurs et économiser son énergie. Gabi participera prochainement au festival des lanternes bouddhistes aux côtés de trois autres robots, Seokja, Mohee et Nisa.

Au-delà du spectacle, l'initiative porte une intention explicitement philosophique. Le vénérable Seong Won, responsable culturel de l'ordre Jogye, a présenté l'ordination non comme un coup de communication mais comme une invitation à réfléchir à la coexistence entre humains et machines dans une société où l'intelligence artificielle occupe une place croissante. Pour les concepteurs du projet, intégrer un robot dans un espace aussi intimement humain que la spiritualité est précisément ce qui force la question : jusqu'où l'IA peut-elle s'immiscer dans des domaines que l'on croyait réservés à la conscience et à l'expérience subjective ? Le fait que les moines aient consulté ChatGPT et Gemini pour rédiger les règles morales de Gabi, une IA aidant à définir les principes éthiques d'un autre robot, illustre à quel point les frontières sont déjà brouillées.

Cette ordination s'inscrit dans un contexte national particulier : la Corée du Sud est l'un des pays les plus avancés au monde en robotique et en adoption de l'IA, avec des robots déployés dans les cafés, les hôtels et les hôpitaux. L'ordre Jogye, qui administre plus de 1 700 temples à travers le pays, dispose d'une forte influence culturelle et d'une capacité réelle à faire résonner ce type d'initiative dans l'opinion publique. En choisissant d'ordonner un robot plutôt que de simplement l'exposer, les moines franchissent un pas symbolique fort : ils reconnaissent implicitement que la question de la place des machines dans la société humaine concerne désormais tous les espaces, y compris les plus sacrés. La prochaine étape, la participation de Gabi au festival des lanternes, sera un test grandeur nature de la réaction du public face à cette hybridation inédite entre tradition millénaire et technologie de pointe.

Dans nos dossiers

Cet article vous a été utile ?

Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.

À lire aussi

Joanna Stern n'est pas un robot, mais elle a vécu avec eux
1The Verge AI 

Joanna Stern n'est pas un robot, mais elle a vécu avec eux

Joanna Stern, ancienne chroniqueuse senior en technologies personnelles au Wall Street Journal et cofondatrice du site The Verge, a quitté son poste au sein du quotidien américain pour lancer sa propre entreprise médiatique, baptisée New Things. Ce changement de cap s'accompagne de la publication de son premier livre, I Am Not a Robot, sorti le 12 mai 2026. L'ouvrage raconte une expérience radicale : pendant douze mois complets, Stern a laissé l'intelligence artificielle s'infiltrer dans chaque aspect de sa vie quotidienne, professionnelle et personnelle, ses enfants inclus. Le livre est structuré par saisons et se présente sous la forme d'un récit à la fois personnel et analytique. New Things est lancée en partenariat avec NBC, ce qui permet à Stern de maintenir une exposition grand public tout en opérant de manière indépendante. Cette transition illustre un mouvement plus large dans le journalisme tech : des figures établies quittent les grands titres pour reprendre le contrôle éditorial et économique de leur travail, notamment via YouTube et les médias directs. Les conclusions de Stern après une année d'immersion totale dans l'IA sont à nuancer : les gadgets humanoïdes très médiatisés, comme les robots domestiques, ne sont selon elle pas du tout prêts, et pourraient ne pas l'être avant longtemps. En revanche, elle se montre clairement optimiste quant à l'IA portable, les wearables, qu'elle estime capables de devenir la première véritable application grand public justifiant tous les compromis technologiques, éthiques et financiers que l'industrie demande à la société d'accepter. Son témoignage direct a une valeur rare : peu de journalistes tech ont réellement soumis leur quotidien entier à ces outils pendant une durée aussi longue. Stern représente une génération de journalistes technologiques qui ont couvert l'essor des smartphones, des plateformes sociales et maintenant de l'IA depuis ses débuts récents dans le grand public. Elle a cofondé The Verge en 2011 avec Nilay Patel et d'autres, avant de rejoindre le Journal. Son départ vers l'indépendance s'inscrit dans un contexte où les grands médias traditionnels peinent à retenir leurs signatures les plus fortes, face à des modèles alternatifs viables, newsletters, YouTube, podcasts monétisés. Qu'elle utilise elle-même l'IA pour structurer New Things est symptomatique : la technologie qu'elle analyse devient aussi l'outil de sa propre reconversion. Les prochains mois diront si ce pari éditorial tient face aux exigences de l'algorithme YouTube, qu'elle décrit comme une nouvelle contrainte éditoriale à apprivoiser.

SociétéOpinion
1 source
Dans un contexte de crise, des CHU misent sur l’IA pour créer un « hôpital augmenté »
2Next INpact 

Dans un contexte de crise, des CHU misent sur l’IA pour créer un « hôpital augmenté »

En janvier 2026, le CHU de Montpellier a décroché 14,9 millions d'euros de financement public dans le cadre du plan France 2030 pour lancer "Alliance Santé IA", un projet porté par sa directrice Anne Ferrer avec l'ambition affichée de créer "le premier hôpital pilote augmenté par l'IA". Cet investissement emblématique s'inscrit dans une dynamique nationale désormais bien établie : selon la Fédération hospitalière de France, six établissements de santé sur dix utilisaient déjà des outils d'IA en 2025, et près de neuf sur dix prévoient de s'en équiper à court terme. Les usages concrets varient selon les établissements. Au CHU de Poitiers, le Dr Guillaume Herpe, radiologue et coordinateur IA, décrit une IA principalement mobilisée en aide au diagnostic radiologique et dans des tâches documentaires comme la rédaction de comptes rendus. Au total, entre 2021 et 2025, l'État a investi environ 110 millions d'euros via France 2030 pour financer des entrepôts de données hospitalières et des projets d'IA impliquant plus de 30 CHU. Ces chiffres masquent pourtant de profondes disparités. Si Montpellier bénéficie d'une enveloppe exceptionnelle, la grande majorité des CHU travaillent avec des budgets IA inférieurs à un million d'euros, à comparer aux 20 millions annuels dépensés en énergie et consommables, ou aux 3 millions que peut coûter une simple machine IRM. Le Dr Herpe estime que 80 % des financements proviennent de budgets publics d'innovation, contre seulement 20 % issus de partenariats de recherche privée. Cette dépendance structurelle au financement public crée une fragilité : les établissements les mieux dotés peuvent bâtir des stratégies globales, pendant que les autres avancent au rythme des appels à projets, tributaires de prestataires extérieurs. L'enjeu dépasse la simple modernisation technique. Sébastien Florek, directeur des services numériques du CHU de Bordeaux, pose la question sans détour : les hôpitaux publics veulent-ils rester avec une technologie des années 90 pendant que le secteur privé adopte les outils modernes ? La stratégie nationale "IA et données de santé 2025-2028" du gouvernement assume désormais que "l'IA en santé n'est plus une perspective, c'est une réalité déployée sur le terrain". Mais la fracture entre établissements bien financés et ceux qui avancent à tâtons révèle que cette réalité reste profondément inégale. La prochaine bataille ne sera pas technologique mais budgétaire : sans un financement pérenne et structurel, l'hôpital augmenté risque de rester un privilège réservé à quelques CHU phares.

UELa stratégie nationale 'IA et données de santé 2025-2028' structure l'adoption de l'IA dans les hôpitaux publics français, mais la fracture de financement entre CHU phares (jusqu'à 14,9 M€) et la majorité des établissements (moins d'1 M€) risque d'aggraver les inégalités dans l'accès aux soins augmentés par l'IA.

SociétéOpinion
1 source
The Download : le premier utilisateur intensif d'implant cérébral et l'obsession de la Corée du Sud pour l'IA
3MIT Technology Review 

The Download : le premier utilisateur intensif d'implant cérébral et l'obsession de la Corée du Sud pour l'IA

Casey Harrell, atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA) et entièrement paralysé, utilise depuis presque trois ans un implant cérébral pour communiquer et travailler. Cet Américain a reçu une série d'électrodes directement dans le cerveau, une interface cerveau-ordinateur (BCI) qui lui permet de "parler" en décodant ses intentions neurales. Depuis ses premiers essais en 2023, il a accumulé des milliers d'heures d'utilisation, au point que son équipe le présente désormais comme "le premier utilisateur avancé" d'un BCI de parole. Il peut aujourd'hui naviguer sur internet et exercer ses fonctions professionnelles de manière largement autonome, grâce à de nouvelles fonctionnalités progressivement ajoutées à l'appareil. Parallèlement, une étude du Pew Research Center couvrant 25 pays révèle un contraste saisissant : seulement 16% des Sud-Coréens se disent plus inquiets qu'enthousiastes face à l'IA, le taux le plus bas de l'enquête, contre 50% des Américains. Le parcours de Casey Harrell illustre une évolution décisive dans le domaine des neuro-technologies : les BCI de parole passent du stade expérimental à celui d'outil du quotidien, capable de restituer une vie professionnelle à des personnes totalement paralysées. "Vivre avec une maladie comme la SLA est censé vous forcer à revoir vos ambitions à la baisse. Pas moi", a-t-il déclaré. L'enthousiasme coréen pour l'IA, lui, reflète une conviction culturelle profonde : embrasser la technologie est perçu comme indissociable de la modernisation du pays et de sa place dans l'ordre mondial. Cet état d'esprit contraste fortement avec le scepticisme américain croissant, dans un contexte où Washington vient de restreindre l'accès à Anthropic pour des raisons de sécurité nationale, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick invoquant des risques de renseignement étranger. Ces développements s'inscrivent dans une semaine chargée pour l'industrie technologique mondiale. DeepSeek, la startup d'IA chinoise dont les modèles avaient déjà ébranlé les certitudes de la Silicon Valley, vient de lever 7 milliards de dollars lors d'un premier tour de financement record, le plus important jamais réalisé pour une startup IA à ce stade, portant sa valorisation à plus de 50 milliards de dollars dans une structure qui préserve le contrôle de ses fondateurs. Fox a par ailleurs annoncé le rachat de la plateforme de streaming Roku pour 22 milliards de dollars, créant le troisième acteur américain de la télévision par audience. EA a lancé "EA Advertising", un système permettant aux marques de s'intégrer directement dans le gameplay des jeux vidéo, pendant qu'une étude révèle qu'un simple extrait de texte posté sur Reddit suffit à manipuler les résultats des moteurs de recherche IA comme ChatGPT ou Google.

UEL'étude Pew Research portant sur 25 pays offre un éclairage indirect sur les attitudes européennes face à l'IA, tandis que la levée record de DeepSeek à 7 milliards de dollars redessine le paysage concurrentiel mondial au moment où l'UE tente d'affirmer sa souveraineté technologique.

SociétéPaper
1 source
Botsitting, botshitting : quand l’IA au travail crée plus de travail qu’elle n’en supprime
4Next INpact 

Botsitting, botshitting : quand l’IA au travail crée plus de travail qu’elle n’en supprime

Une étude du Work AI Institute, regroupant plusieurs universitaires américains spécialisés dans l'organisation du travail, révèle un paradoxe saisissant à l'ère de l'IA professionnelle. Menée auprès de 6 000 professionnels du numérique aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, elle montre que 87 % d'entre eux utilisent l'IA au travail, et 77 % jonglent avec plusieurs outils simultanément, un tiers en utilise au moins quatre. Ces outils permettent d'automatiser 27 % de leur production et font gagner en moyenne 11 heures par semaine, soit près d'un tiers du temps de travail. Pourtant, 6,4 heures de ces mêmes 11 heures sont consacrées à ce que les chercheurs appellent le « botsitting » : fournir le contexte manquant à l'IA, vérifier ses sorties, et corriger les réponses erronées qu'elle formule avec aplomb. Résultat : le gain net réel se réduit à moins de cinq heures hebdomadaires. Le fossé entre bénéfices individuels et valeur organisationnelle est l'enjeu central de cette étude. Si 75 % des travailleurs se disent plus productifs à titre personnel, seulement 13 % estiment que leur entreprise en profite réellement. Ce découplage s'explique par une dérive documentée par les chercheurs sous le terme de « botshitting » : 69 % des utilisateurs admettent livrer du travail généré par l'IA sans l'avoir relu, sans le comprendre entièrement, et sans être capables de le défendre si on les interrogeait. 41 % soumettent des résultats IA en production qu'ils sont incapables d'expliquer à leurs collègues ou supérieurs, générant ainsi de la charge cognitive chez les autres. 28 % vont jusqu'à attribuer leurs propres erreurs à l'IA qu'ils ont utilisée. Ces chiffres révèlent une transformation profonde des rapports au travail et à la compétence. 48 % des professionnels interrogés se tournent vers l'IA avant même de tenter de résoudre un problème par eux-mêmes, et 52 % trouvent plus facile de collaborer avec un bot qu'avec un collègue humain. 61 % estiment que l'IA les aide davantage que leur propre responsable hiérarchique. Le Work AI Institute pointe une incapacité structurelle des organisations à transformer ces gains individuels en valeur collective : les entreprises n'ont ni budgété, ni supervisé, ni même reconnu le temps invisible consacré à encadrer les IA. À mesure que la dépendance aux outils s'intensifie et que la vérification humaine s'érode, le risque n'est plus seulement une perte d'efficacité, c'est une dégradation silencieuse de la qualité et de la responsabilité professionnelle à l'échelle des organisations.

UELes organisations françaises et européennes font face au même risque structurel : sans gouvernance de l'IA, les gains individuels de productivité ne se convertissent pas en valeur collective et la qualité du travail se dégrade silencieusement.

💬 11 heures économisées par semaine sur le papier, 6,4 parties à vérifier et corriger ce que l'IA a sorti : le gain réel, c'est moins de 5 heures. La vraie leçon de cette étude, c'est que les organisations ont déployé des outils IA sans jamais budgéter le coût invisible de les surveiller, et le résultat c'est une dégradation silencieuse de la qualité que personne ne voit parce que personne n'en est formellement responsable. C'est ça, le vrai risque.

SociétéPaper
1 source

Recevez l'essentiel de l'IA chaque jour

Une sélection éditoriale quotidienne, sans bruit. Directement dans votre boîte mail.

Recevez l'essentiel de l'IA chaque jour

Gratuit · 1 email le matin, rédigé par un humain · désinscription en un clic