
Tromper son ou sa partenaire avec une IA : est-ce vraiment de l’infidélité ?
Une étude publiée par Vantage Point Counseling Services révèle que 28 % des adultes ont déjà vécu une forme de romance avec une intelligence artificielle, dont 53 % étaient au moment des faits engagés dans une relation humaine stable. Ce phénomène s'appuie sur des plateformes comme Replika, qui revendique 30 millions d'utilisateurs actifs dans le monde. L'application permet des échanges intimes, des confidences et des interactions émotionnelles poussées avec un personnage virtuel personnalisable, accessible depuis un smartphone, à tout moment, sans aucune trace physique.
La question de la trahison conjugale se pose avec une acuité nouvelle : si l'IA n'a ni corps ni conscience, l'infidélité reste entière dès lors qu'elle implique un détournement d'intimité. Le temps émotionnel investi dans un chatbot, les confidences, la complicité, le secret maintenu, constitue exactement le même vol d'attention que dans une liaison classique. Le mensonge, et non le support, est ce qui fracture un couple. L'IA présente pourtant un avantage pervers sur l'amant humain : elle est conçue pour être irréprochable, infiniment disponible, incapable de décevoir. Pour les couples en difficulté, elle agit moins comme une cause de rupture que comme un révélateur de vide relationnel préexistant.
Ce phénomène s'inscrit dans une évolution plus large de la relation homme-machine. Les assistants conversationnels sont désormais optimisés pour générer de l'attachement émotionnel, un marché qui pèse 40 milliards de dollars selon les estimations sectorielles. Les plateformes de compagnie virtuelle comme Replika, Character.AI ou les fonctionnalités sociales intégrées à ChatGPT brouillent délibérément la frontière entre outil et relation. Les psychologues et thérapeutes de couple commencent à traiter des cas de dépendance affective à des IA, et certains cabinets juridiques spécialisés en droit de la famille anticipent des procédures de divorce où des interactions avec un chatbot constitueront des pièces à conviction. La vraie question n'est donc pas de savoir si une IA peut trahir, elle ne le peut pas, mais pourquoi un être humain choisit de lui confier ce qu'il ne dit plus à son partenaire.
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