
Des contrôles d’identité « au faciès » recourent illégalement à la reconnaissance faciale
Des policiers et gendarmes français utilisent la reconnaissance faciale depuis leurs téléphones de service pour effectuer des contrôles d'identité au faciès — une pratique « totalement illégale » selon l'ONG de journalisme d'investigation Disclose, qui révèle l'ampleur du dispositif dans une enquête publiée cette semaine.
230 000 smartphones NEO 2 (pour « Nouvel Équipement Opérationnel ») déployés dans la police nationale depuis 2022 et les terminaux Neogend de la gendarmerie depuis 2020 embarquent une application, NEOFIC, permettant d'accéder aux principaux fichiers de police, dont le TAJ (Traitement d'Antécédents Judiciaires). Ce fichier, sorte de « casier judiciaire bis », recense 24 millions de personnes « mises en cause » — l'équivalent d'un tiers de la population française — dont les fiches incluent des photographies exploitables par un dispositif de reconnaissance faciale. Or, le code de procédure pénale limite strictement la consultation du TAJ aux besoins des enquêtes judiciaires, et non aux contrôles en temps réel.
Les témoignages recueillis par Disclose illustrent concrètement ces pratiques. Ahmed, apprenti pâtissier de 18 ans, décrit des agents pointant « de gros portables rectangulaires » vers lui et ses proches, sans jamais demander de papiers d'identité. Un manifestant pro-palestinien raconte avoir tenté de détourner le visage pour éviter d'être photographié, avant d'être maintenu de force par deux agents face à la caméra — les policiers lui communiquant ensuite ses antécédents judiciaires. Disclose cite également plusieurs reportages télévisés montrant des forces de l'ordre procéder de même avec des individus ne disposant pas de leurs documents sur eux. Par ailleurs, GASPARD, le fichier intermédiaire qui aurait servi de relais pour ces consultations illicites, aurait lui-même été créé sans base légale.
L'affaire soulève des questions profondes sur l'encadrement réel de la biométrie policière en France. Le TAJ n'est en principe accessible qu'à des agents « individuellement désignés et spécialement habilités » — une restriction que l'intégration dans l'application mobile des terminaux NEO contourne de fait. À l'heure où le débat sur la reconnaissance faciale dans l'espace public reste vif, notamment depuis les expérimentations autour des Jeux Olympiques 2024, cette révélation montre que le déploiement de facto précède largement tout cadre légal.
La police et gendarmerie françaises utilisent illégalement la reconnaissance faciale sur 230 000 appareils, en violation du droit français et du cadre européen sur l'IA (AI Act).
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