
Meta espère qu'une décision de la Cour suprême sur le piratage l'aidera à faire rejeter le procès sur ses données d'entraînement
Meta a déposé la semaine dernière une déclaration dans un procès intenté par Entrepreneur Media, espérant s'appuyer sur une récente décision de la Cour suprême américaine pour échapper à sa responsabilité dans une affaire de téléchargement illicite de données d'entraînement pour l'IA. Les plaignants accusent Meta d'avoir utilisé BitTorrent pour télécharger environ 80 téraoctets d'œuvres protégées par le droit d'auteur. En « seedant » ces fichiers — c'est-à-dire en permettant à d'autres utilisateurs de télécharger à partir de ses propres copies — Meta aurait sciemment facilité des infractions supplémentaires au droit d'auteur, ce qui constitue le cœur de la plainte pour « contributory infringement », ou contrefaçon par complicité.
La décision de la Cour suprême que Meta invoque avait établi que les fournisseurs d'accès à Internet ne sont pas responsables des actes de piratage commis sur leurs réseaux par leurs abonnés. Meta tente d'appliquer ce raisonnement à sa propre situation, arguant qu'une simple connaissance du fonctionnement du protocole BitTorrent ne suffit pas à établir une responsabilité juridique. L'enjeu est considérable : la plainte en contrefaçon par complicité est nettement plus facile à prouver qu'une accusation de contrefaçon directe, car elle n'exige pas de démontrer que Meta a téléchargé une œuvre dans son intégralité — seulement qu'elle a facilité des transferts de fichiers.
Cette affaire s'inscrit dans un contentieux plus large autour de l'entraînement des grands modèles de langage sur des données potentiellement protégées. Une action collective distincte, Kadrey v. Meta, portée par des auteurs, poursuit Meta pour contrefaçon directe liée au même épisode de torrent. L'ensemble de ces procédures reflète une bataille juridique fondamentale qui oppose l'industrie de l'IA aux ayants droit : dans quelle mesure les entreprises technologiques peuvent-elles aspirer massivement du contenu protégé pour entraîner leurs modèles sans s'exposer à des poursuites ? La façon dont les tribunaux américains répondront à cette question façonnera durablement les pratiques de collecte de données dans tout le secteur.
La jurisprudence américaine sur les données d'entraînement pourrait influencer l'interprétation du cadre européen sur les droits d'auteur face à l'IA, notamment dans les procédures similaires en cours en Europe sous l'AI Act.


