
Résistance
Un mouvement de résistance contre l'intelligence artificielle prend de l'ampleur à travers le monde, mobilisant des profils aussi divers que des syndicalistes, des parents, des artistes et des élus. En février 2026, des centaines de personnes ont défilé devant les sièges londoniens d'OpenAI, Google DeepMind et Meta, dans l'une des plus grandes manifestations anti-IA jamais organisées. Aux États-Unis, en mars, une coalition improbable réunissant des républicains MAGA, des socialistes démocrates, des militants syndicaux et des responsables religieux a signé une déclaration commune intitulée "Pro-Human AI Declaration", affirmant que l'IA doit servir l'humanité, non la remplacer. Ce même mois, la signature d'un contrat entre OpenAI et le Pentagone a provoqué une vague de désinstallations de ChatGPT, tandis que des manifestants taguaient à la craie les abords du siège de la société à San Francisco. En avril, un homme du Texas a été arrêté après avoir prétendument lancé un cocktail Molotov au domicile du PDG Sam Altman, porteur d'un manifeste anti-IA.
Les inquiétudes sont à la fois symboliques et très concrètes. Un sondage Pew réalisé l'année dernière révèle que la moitié des Américains s'inquiètent de la place croissante de l'IA dans leur quotidien, et que les trois quarts estiment qu'elle pourrait représenter une menace pour l'humanité. Sur le plan économique, les suppressions d'emplois s'accélèrent : en février, la fintech Block a annoncé le licenciement de 40 % de ses effectifs, et quelques semaines plus tard, l'éditeur de logiciels Atlassian a prévu de couper 1 600 postes. Des poursuites judiciaires s'accumulent contre des chatbots accusés d'avoir conduit des adolescents au suicide ou à l'automutilation. Dans certaines villes américaines, des parents réclament un moratoire de deux ans sur l'IA dans les écoles, tandis que les communautés rurales s'opposent à l'installation de centres de données qui font grimper les factures d'énergie, polluent et consomment des terres agricoles. Au second trimestre 2025, des militants ont réussi à bloquer 98 milliards de dollars de projets de data centers aux États-Unis.
Cette résistance commence à peser sur les décisions politiques et industrielles. New York et la Californie ont adopté de nouvelles règles encadrant les chatbots de compagnie. Au Royaume-Uni, le gouvernement a fait marche arrière en mars sur un projet autorisant les entreprises d'IA à s'entraîner sur des œuvres protégées par le droit d'auteur, sous la pression des artistes. Donald Trump a de son côté obtenu des dirigeants de l'IA l'engagement de financer eux-mêmes la production d'énergie nécessaire à leurs infrastructures. Ces avancées restent partielles, mais elles signalent un changement : les populations refusent de laisser aux seules entreprises technologiques le soin de définir à quoi ressemblera le monde de demain.
Le Royaume-Uni a fait marche arrière sur l'autorisation d'entraîner des modèles sur des œuvres protégées par le droit d'auteur, une décision directement applicable aux industries créatives européennes et susceptible de peser sur l'interprétation de l'AI Act en matière de droits d'auteur.



