
Enseigner à l'ère de ChatGPT, c'est souffrir
Un enseignant en sciences de la Terre dans un college américain, employé à temps partiel depuis de nombreuses années tout en occupant d'autres postes en parallèle, décrit comment l'intelligence artificielle générative a transformé son métier en expérience épuisante. Celui qui avait choisi l'enseignement par vocation, malgré des salaires notoirement bas et une absence totale de sécurité de l'emploi, se retrouve aujourd'hui à enseigner exclusivement en mode asynchrone en ligne, c'est-à-dire via des vidéos enregistrées plutôt que des sessions en direct. Ce format, déjà plus difficile à gérer que les cours en présentiel, est devenu un terrain fertile pour le désengagement estudiantin amplifié par des outils comme ChatGPT.
L'impact est concret et quotidien. Dans une salle de classe physique, un professeur peut lire les expressions d'incompréhension sur les visages, adapter son rythme, maintenir une dynamique de groupe. En ligne et en asynchrone, ces leviers disparaissent. L'étudiant n'a pas à se présenter à heure fixe, personne ne remarque s'il décroche, et avec l'IA générative désormais capable de rédiger des réponses plausibles à la plupart des exercices universitaires, la tentation de déléguer le travail intellectuel est permanente. Ce que l'enseignant décrit comme une expérience "surtout misérable" traduit une crise plus large de la relation pédagogique à l'ère du contournement facile.
Ce témoignage s'inscrit dans un débat qui traverse l'enseignement supérieur américain depuis l'arrivée de ChatGPT fin 2022. Les facultés peinent à trouver un équilibre entre interdire des outils impossibles à bannir réellement et repenser entièrement les modalités d'évaluation. Le cas des cours en ligne asynchrones, souvent confiés à des contractuels mal payés et peu soutenus institutionnellement, cristallise les tensions : ce sont précisément les formats les plus vulnérables à la fraude par IA, et ceux dont les enseignants disposent du moins de ressources pour s'adapter. La question de savoir comment enseigner efficacement dans ce contexte reste largement sans réponse institutionnelle satisfaisante.



