
L’IA, bientôt une ressource payante comme l’eau et l’électricité ? Le plan d’OpenAI
Sam Altman, PDG d'OpenAI, a esquissé lors du BlackRock Infrastructure Summit à Washington une vision radicale pour l'avenir de l'intelligence artificielle : transformer l'IA en service public tarifé à l'usage, sur le modèle de l'électricité ou de l'eau. « Nous voyons un avenir où l'intelligence sera un service public, comme l'électricité ou l'eau, et les gens nous l'achèteront au compteur », a-t-il déclaré. Une déclaration qui redéfinit la façon dont des millions d'utilisateurs quotidiens pourraient accéder à ces outils.
Ce changement de paradigme n'est pas anodin. Aujourd'hui, la plupart des offres reposent sur des abonnements fixes ou un accès gratuit limité. Passer à un modèle de facturation à la consommation — par tokens, les unités de traitement des requêtes — modifierait profondément les usages. Les entreprises et particuliers ne paieraient plus pour un outil global, mais pour chaque « unité de réflexion » réellement utilisée. Cela soulève des questions d'équité : un accès monnayé à la granularité risque de concentrer les capacités les plus puissantes entre les mains des acteurs les mieux dotés financièrement.
La demande croissante en puissance de calcul rend ce scénario d'autant plus plausible — et urgent. Selon Lisa Su, PDG d'AMD, la planète pourrait nécessiter plus de dix yottaflops de puissance informatique d'ici cinq ans, soit une capacité dix mille fois supérieure à celle de 2022. Or les centres de données IA consomment déjà autant d'électricité que de petites villes. D'après le cabinet Gartner, 40 % des centres d'IA pourraient faire face à des contraintes énergétiques critiques d'ici 2027 si les réseaux électriques n'évoluent pas suffisamment vite.
Face à ces goulets d'étranglement, Altman envisage même une intervention des gouvernements pour arbitrer l'allocation de la puissance de calcul en cas de pénurie — avec une priorité donnée à la santé, la défense et l'éducation, reléguant les usages personnels ou créatifs au second rang. L'IA utilitaire n'est donc plus une métaphore : elle dessine un nouveau rapport de force entre États, entreprises technologiques et utilisateurs finaux.
Une facturation à l'usage de l'IA pourrait contraindre l'UE à légiférer sur l'accès équitable aux ressources d'IA, notamment pour protéger les secteurs publics européens comme la santé et l'éducation.
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