Les chatbots prescrivent désormais des médicaments psychiatriques
L'Utah vient d'autoriser un chatbot à renouveler des ordonnances de médicaments psychiatriques sans intervention d'un médecin. Ce pilote d'un an, annoncé la semaine dernière, concerne le système développé par Legion Health, une startup de San Francisco. Concrètement, les patients résidant en Utah pourront obtenir le renouvellement de certaines prescriptions psychiatriques via l'application, pour un abonnement de 19 dollars par mois. Il s'agit seulement de la deuxième fois qu'un État américain délègue ce type d'autorité clinique à une intelligence artificielle.
Les autorités de l'Utah avancent deux arguments principaux : réduire les coûts de santé et pallier la pénurie de psychiatres, particulièrement aiguë dans les zones rurales. Mais les médecins s'y opposent fermement. Ils dénoncent un système opaque, dont les mécanismes de décision sont difficilement auditables, et jugent le risque clinique élevé pour des patients souvent vulnérables. Ils contestent aussi l'idée que cette approche atteindra réellement les personnes qui n'ont pas accès aux soins, estimant que le modèle par abonnement cible plutôt une clientèle déjà aisée et connectée.
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de délégation de tâches médicales à l'IA aux États-Unis, portée par la promesse de réduire les coûts dans un système de santé sous pression. Legion Health n'est pas la première entreprise à tenter de s'imposer dans la télémédecine psychiatrique, un marché en pleine expansion depuis la pandémie. L'expérimentation en Utah sera scrutée de près : son bilan à un an pourrait soit accélérer l'adoption nationale de ces systèmes, soit freiner durablement leur déploiement dans le domaine sensible de la santé mentale.

