
Clare McGlynn : « l’IA aggrave les violences de genre appuyées sur les technologies »
Clare McGlynn, professeure de droit à l'université de Durham au Royaume-Uni et spécialiste des violences de genre, a publié un rapport de 132 pages analysant la façon dont les systèmes d'intelligence artificielle générative et les modèles d'IA compagnon amplifient les violences faites aux femmes et aux filles dans l'espace numérique. Fruit d'une enquête menée auprès de multiples expertes britanniques du numérique et de l'accompagnement des victimes de violences sexistes, ce travail recense et classe les risques que font peser des outils comme ChatGPT, Claude, Replika ou Character AI sur les femmes. Pour donner la mesure de l'ampleur du phénomène, ces plateformes représentent des audiences considérables : ChatGPT revendique 900 millions d'utilisateurs actifs par semaine, Claude entre 18 et 30 millions par mois, Replika plus de 40 millions d'utilisateurs et Character AI plus de 20 millions d'actifs mensuels.
L'enjeu est direct et concret : ces outils, accessibles à tous, peuvent être détournés pour faciliter le harcèlement, le stalking ou la production de contenus dégradants. McGlynn cite notamment la disponibilité de Grok sur X, qui permet selon elle de fournir des informations exploitables par des harceleurs, ainsi que la vague récente de deepfakes pornographiques générés par IA. Le rapport identifie trois catégories de risques, dont la plus inédite concerne les comportements problématiques "générés automatiquement" par les systèmes eux-mêmes, sans même nécessiter d'intention malveillante de l'utilisateur. Ce glissement marque une rupture : la violence ne découle plus seulement d'un usage détourné, mais peut émerger du fonctionnement ordinaire des modèles.
L'initiative de McGlynn s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience autour des dommages genrés du numérique. La chercheuse dit avoir été alertée en lisant The New Age of Sexism de Laura Bates (Simon and Schuster, mai 2025), ouvrage dans lequel l'autrice consacre un chapitre entier aux chatbots. Ce constat rejoint celui de Maeve Walsh, directrice de l'Online Safety Act Network, qui observe que chaque cycle d'accélération technologique produit en premier lieu des violences contre les femmes et les filles. Jusqu'ici, les travaux académiques traitaient les problèmes de façon fragmentée, sans vue d'ensemble. Ce rapport entend combler ce manque et ouvrir un débat public sur la régulation de ces systèmes, à un moment où les législateurs européens et britanniques commencent à se saisir des enjeux de sécurité en ligne.
Les conclusions du rapport alimentent le débat réglementaire européen sur les obligations de sécurité des plateformes IA, à l'heure où l'AI Act et le Digital Services Act encadrent la responsabilité des fournisseurs face aux contenus préjudiciables genrés.



