Des travailleurs indépendants forment des robots humanoïdes, et des benchmarks IA plus fiables

Des travailleurs à la tâche, recrutés dans plus de 50 pays dont le Nigeria, l'Inde et l'Argentine, filment désormais leurs gestes quotidiens pour entraîner les robots humanoïdes de demain. C'est le modèle de Micro1, une entreprise qui collecte ces vidéos — souvent captées via un iPhone fixé sur le front — et les revend aux fabricants de robots. Pendant ce temps, OpenAI a bouclé la plus grande levée de fonds de l'histoire de la Silicon Valley : 122 milliards de dollars, en amont d'une introduction en bourse très attendue pour plus tard cette année. Et selon le MIT Technology Review, les benchmarks actuels d'évaluation de l'IA seraient fondamentalement inadaptés à l'usage réel de ces systèmes.
Ces trois signaux convergent vers un même constat : l'IA et la robotique entrent dans une phase d'industrialisation massive, avec des modèles économiques qui soulèvent autant de questions qu'ils n'apportent de réponses. Les travailleurs de Micro1 sont bien payés à l'échelle locale, mais leur travail pose des problèmes sérieux de consentement éclairé et de confidentialité des données — qui est filmé, dans quel contexte, et qui en profite réellement ? Du côté des benchmarks, Angela Aristidou, professeure à l'University College London et chercheuse associée au Stanford Human-Centered AI Institute, plaide pour une évaluation radicalement différente : non plus des performances isolées sur des tâches abstraites, mais une mesure de la capacité de l'IA à fonctionner dans des environnements réels, multi-acteurs, sur la durée. Sans cette réforme, les risques et les capacités réelles de l'IA resteront systématiquement mal évalués.
L'essor des humanoïdes n'est pas un phénomène marginal : les lecteurs du MIT Technology Review l'ont récemment élu « 11e percée technologique » à ajouter à la liste 2026 des dix innovations majeures. Ce vote populaire illustre l'appétit du public pour ces machines, au moment même où les entreprises du secteur se disputent les données d'entraînement les plus précieuses — les vidéos de gestes humains dans des contextes domestiques. Quant à OpenAI, sa valorisation stratosphérique s'accompagne d'ambitions sociales affichées : selon Vanity Fair, l'entreprise préparerait un projet visant à « repenser le contrat social ». Dans ce contexte, les appels de militants à quitter ChatGPT, relayés par le MIT Technology Review lui-même, témoignent d'une tension croissante entre l'accélération technologique et ses implications pour la société.
La chercheuse Angela Aristidou (University College London / Stanford HAI) plaide pour une réforme des benchmarks IA, un enjeu directement lié à l'évaluation des systèmes soumis à l'AI Act européen.