
ThinkLabs AI, soutenue par Nvidia, lève 28 millions de dollars pour répondre à la crise du réseau électrique
ThinkLabs AI, une startup américaine spécialisée dans la modélisation par intelligence artificielle des réseaux électriques, a annoncé la clôture d'un tour de table de 28 millions de dollars en Série A. Le tour a été mené par Energy Impact Partners (EIP), l'un des plus grands fonds d'investissement dans la transition énergétique, avec la participation de NVentures — le bras capital-risque de Nvidia — et d'Edison International, maison mère de Southern California Edison. Parmi les investisseurs récurrents figurent GE Vernova, Powerhouse Ventures, Blackhorn Ventures et Amplify Capital, ainsi qu'une grande utility nord-américaine non nommée. Le montant final a dépassé l'objectif initial : le tour était sursouscrit, selon le PDG Josh Wong, en raison de la forte demande des partenaires stratégiques.
La technologie de ThinkLabs s'attaque à un goulot d'étranglement critique dans l'ingénierie des réseaux électriques. Lorsqu'un opérateur doit évaluer l'impact du raccordement d'un datacenter ou d'un cluster de bornes de recharge sur un sous-réseau, il doit lancer des simulations de flux de puissance — des calculs complexes qui prennent traditionnellement plusieurs semaines avec les outils hérités de Siemens, GE ou Schneider Electric. ThinkLabs remplace ce processus par des modèles d'IA dits « physics-informed », entraînés sur les sorties de simulateurs physiques de référence. Résultat : une étude qui prenait un mois est compressée en moins de trois minutes, et 10 millions de scénarios peuvent être simulés en 10 minutes, avec une précision supérieure à 99,7 % sur les calculs de flux de puissance. Wong insiste sur la rigueur de l'approche : « Ce n'est pas de l'IA générative qui hallucine — c'est du calcul d'ingénierie, comparable à la dynamique des fluides ou aux modèles climatiques. »
L'enjeu est considérable. Selon le cabinet ICF International, la demande électrique américaine devrait croître de 25 % d'ici 2030, tirée par les datacenters d'IA, l'électrification des transports et du bâtiment. Cette montée en charge percute de plein fouet une infrastructure conçue il y a plusieurs décennies pour des usages radicalement différents. Les utilities peinent à suivre : les files d'attente pour raccorder de nouveaux équipements au réseau de transport s'allongent, faute de capacité à modéliser rapidement les impacts. La participation de Nvidia au tour n'est pas anodine : le géant des puces graphiques est à la fois bénéficiaire et contributeur de cette explosion de la demande énergétique liée à l'IA, et a tout intérêt à ce que les infrastructures électriques tiennent la cadence. ThinkLabs se positionne ainsi à l'intersection de deux des grandes transitions de la décennie — numérique et énergétique — avec une application de l'IA qui touche directement à la fiabilité des réseaux physiques.
La multiplication des datacenters IA et l'électrification accélérée posent des défis similaires aux gestionnaires de réseaux européens comme RTE ou Elia, qui pourraient bénéficier d'approches comparables pour réduire les délais de raccordement.
Un mois de calcul en trois minutes. Sur le papier ça sonne pitch deck, mais l'approche physics-informed c'est du concret : on accélère de la simulation physique réelle, on ne demande pas à un LLM de deviner des flux de puissance. Nvidia dans le tour, c'est presque logique, ils créent le problème de consommation et financent la solution pour que les réseaux tiennent.



