
☕️ États-Unis : une femme emprisonnée 5 mois sur la foi d’une reconnaissance faciale erronée
Angela Lipps, 50 ans, mère et grand-mère résidant à Elizabethton dans le Tennessee, a été arrêtée le 14 juin 2025 à son domicile et incarcérée pendant cinq mois pour des fraudes bancaires commises à Fargo, dans le Dakota du Nord — un État qu'elle n'avait jamais visité. Le mandat d'arrêt avec demande d'extradition nationale avait été signé le 1er juillet par un juge du Dakota du Nord, treize jours avant son arrestation sous les yeux de ses petits-enfants. Après trois mois de détention dans les prisons du Tennessee, elle a été transférée au Dakota du Nord le 30 octobre, c'était la première fois qu'elle prenait l'avion. Ce n'est qu'à ce moment qu'un avocat lui a été assigné, lequel a rapidement démontré, relevés bancaires à l'appui, qu'elle ne s'était jamais absentée du Tennessee durant la période des fraudes. L'affaire a été classée sans préjudice le 23 décembre 2025.
Ce dossier illustre avec une brutalité rare les dérives concrètes des systèmes de reconnaissance faciale déployés sans garde-fous suffisants. À l'origine de l'erreur : un outil de Clearview AI utilisé par la police de West Fargo, qui avait identifié Angela Lipps comme « suspect potentiel présentant des traits similaires ». Ces images ont été transmises à la police de Fargo, dont un enquêteur les a prises pour des images de surveillance classiques, sans réaliser qu'elles étaient le produit d'un algorithme. Aucune vérification supplémentaire sérieuse n'a été effectuée avant d'émettre un mandat national. Résultat : une femme innocente a passé cinq mois derrière les barreaux, séparée de sa famille, sans accès à un avocat ni aux éléments de l'enquête pendant la majeure partie de sa détention.
Cette affaire s'inscrit dans une série de cas documentés aux États-Unis où la reconnaissance faciale a conduit à des arrestations erronées, touchant de manière disproportionnée des personnes racisées ou, comme ici, des individus n'ayant aucun moyen immédiat de prouver leur innocence. La police de Fargo a depuis annoncé qu'elle n'utiliserait plus les résultats des systèmes de West Fargo, faute de comprendre leur fonctionnement — aveu qui soulève autant de questions qu'il n'en résout. Le directeur des forces de l'ordre Dave Zibolski a évoqué des mesures disciplinaires pour les policiers impliqués, et les bureaux du procureur du Dakota se sont déclarés « très intéressés » par des formations sur les risques liés à ces technologies. Les avocats d'Angela Lipps cherchent toujours à obtenir des explications sur les raisons pour lesquelles leur cliente a été maintenue en détention aussi longtemps sans défense juridique. Aucune excuse officielle ne lui a été présentée à ce jour.
Ce cas américain documenté conforte les choix réglementaires de l'UE : l'AI Act interdit la reconnaissance faciale biométrique en temps réel dans les espaces publics, et Clearview AI est déjà sanctionné par la CNIL et plusieurs autorités européennes — cet incident illustre précisément les dérives que ces règles visent à prévenir.


