
Google I/O illustre comment la science pilotée par l'IA change de trajectoire
Lors du keynote Google I/O de mardi, Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, a déclaré que nous nous trouvons actuellement "au pied des collines de la singularité". Le moment fort de son intervention était une vidéo montrant comment WeatherNext, le logiciel de prévision météorologique de Google, avait fourni une alerte précoce sur l'atterrissage catastrophique de l'ouragan Melissa en Jamaïque l'an dernier, sauvant potentiellement des vies. La même semaine, OpenAI annonçait que l'un de ses modèles avait réfuté une conjecture mathématique importante, ce que certains mathématiciens considèrent comme la contribution la plus significative de l'IA générative aux mathématiques à ce jour. En parallèle, Isomorphic Labs, filiale de Google utilisant AlphaFold pour développer de nouveaux médicaments, levait 2 milliards de dollars en Série B.
Ces annonces illustrent une tension croissante au coeur de l'IA scientifique : d'un côté, des outils spécialisés et entraînés pour résoudre des problèmes précis, comme WeatherNext ou AlphaFold (qui a valu le prix Nobel à des chercheurs de DeepMind et dont les prédictions de structures de protéines sont utilisées par plus de trois millions de chercheurs dans le monde) ; de l'autre, des systèmes agentiques basés sur des LLM, capables de mener des projets de recherche de pointe avec une supervision humaine minimale, voire nulle. Cette deuxième vision alimente aujourd'hui une grande part de l'enthousiasme autour de l'IA, notamment autour de l'idée d'une amélioration récursive, où les systèmes d'IA deviendraient les principaux moteurs de leur propre progression. Pushmeet Kohli, chef scientifique de Google Cloud, l'a formulé cette semaine dans la revue Daedalus : "Nous nous dirigeons vers une IA qui ne se contente plus de faciliter la science, mais qui commence à faire de la science."
Des signes concrets de réorientation des ressources humaines et budgétaires chez Google confirment cette tendance. Le Los Angeles Times a révélé le mois dernier que John Jumper, le chercheur Google Fellow et co-lauréat du Nobel pour AlphaFold, travaille désormais sur l'IA appliquée au code et non plus sur des outils scientifiques spécialisés. Ce pivot n'est pas anodin : Google subit actuellement une pression concurrentielle de la part d'Anthropic et OpenAI sur le terrain des outils de développement logiciel, et les capacités de codage sont précisément ce qui conditionne le succès des systèmes agentiques de recherche. Si Google ne semble pas abandonner ses outils spécialisés, avec AlphaGenome et AlphaEarth Foundations sortis l'été dernier et une nouvelle version de WeatherNext en novembre, la direction stratégique s'oriente clairement vers une IA capable de faire de la science de manière autonome, un virage qui pourrait redéfinir en profondeur le rôle des chercheurs humains.
La réorientation stratégique de Google DeepMind vers une IA autonome capable de faire de la science pourrait fragiliser les laboratoires publics européens qui dépendent d'outils spécialisés comme AlphaFold, utilisé par plus de trois millions de chercheurs dans le monde dont une large part en Europe.
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