
L'accord Nvidia H200 avec la Chine a survécu au sommet Trump-Xi, mais pas comme prévu
Donald Trump s'est rendu à Pékin en mai 2026, accompagné à la dernière minute de Jensen Huang, PDG de Nvidia, et en est reparti en déclarant que "quelque chose pourrait se passer" sur les exportations de puces. Rien ne s'est passé. Pas un seul H200 de Nvidia n'a été livré en Chine depuis que Trump a autorisé ces ventes en décembre 2025. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a confirmé à Bloomberg que les contrôles sur les semi-conducteurs n'étaient même pas à l'ordre du jour bilatéral. En réalité, les licences d'exportation existent déjà : une dizaine d'entreprises chinoises, dont Alibaba, Tencent, ByteDance et JD.com, disposent chacune d'autorisations américaines pour jusqu'à 75 000 unités, avec Lenovo et Foxconn comme distributeurs agréés. Les puces ne bougent pas parce que c'est Pékin qui bloque ses propres entreprises.
Le blocage repose sur une contradiction réglementaire structurelle. Les règles américaines exigent que les H200 exportés vers des clients chinois soient déployés uniquement sur le territoire chinois. Pékin, de son côté, a ordonné à ses grandes entreprises tech de réserver leurs achats de puces Nvidia à leurs opérations à l'étranger, tout en soutenant les fournisseurs domestiques. Les deux exigences s'excluent mutuellement : les puces autorisées à l'export ne peuvent légalement être déployées là où Pékin veut les déployer. Ce n'est pas une impasse accidentelle. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a déclaré devant le Sénat que les firmes chinoises cherchent délibérément à concentrer leurs investissements sur les fournisseurs locaux, au premier rang desquels Huawei. Le Conseil d'État chinois a par ailleurs lancé une revue de la sécurité des chaînes d'approvisionnement visant à réduire la dépendance aux semi-conducteurs américains.
Pendant que les diplomates négociaient, les données les plus significatives venaient d'ailleurs. DeepSeek a confirmé que son dernier modèle avait été optimisé pour tourner sur les processeurs Huawei. Le directeur stratégique de Tencent a annoncé que l'offre chinoise en GPU augmenterait progressivement tout au long de 2026, et Alibaba a confirmé que ses GPU propriétaires T-Head étaient désormais en production de masse. En avril, DeepSeek V4 était devenu le premier grand modèle frontier chinois adapté aux puces Ascend de Huawei dès la phase d'entraînement, et non plus seulement pour l'inférence. Le signal est clair : la substitution n'est plus expérimentale, elle est devenue une politique industrielle. Les revenus de Nvidia en Chine sont tombés à environ 5 % ces derniers trimestres, contre plus de 20 % avant le durcissement des contrôles à l'export, et la société anticipe désormais zéro revenu chinois pour le trimestre en cours. La présence de Huang à Pékin illustrait l'urgence ressentie par Nvidia ; son résultat illustre les limites de la diplomatie de PDG face à un blocage structurel.
L'impasse sino-américaine sur les GPU Nvidia accélère la montée en puissance d'alternatives chinoises (Huawei Ascend) et rappelle à l'Europe sa propre dépendance aux chaînes d'approvisionnement américaines, renforçant l'urgence de l'European Chips Act.
Jensen Huang à Pékin avec Trump, et au final zéro H200 livré : la mise en scène était parfaite, le résultat nul. Ce qui est frappant, c'est que le blocage ne vient pas de Washington cette fois, ce sont les Chinois eux-mêmes qui freinent leurs propres entreprises pour les forcer vers Huawei. Pendant ce temps, DeepSeek optimisait sur Ascend et Alibaba lançait ses GPU en masse : la substitution n'est plus un plan B, c'est le plan A.
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