
« AI Sponsored Snaps » : Faîtes gaffe, votre « ami » IA sur Snapchat est peut-être un vendeur
Snapchat a lancé une nouvelle fonctionnalité publicitaire baptisée "AI Sponsored Snaps", qui introduit des agents conversationnels financés par des marques directement dans les discussions des utilisateurs. Concrètement, ces robots IA s'insèrent dans la messagerie et répondent aux questions comme n'importe quel interlocuteur, mais avec pour mission sous-jacente de guider les échanges vers des produits ou services commerciaux. Experian est le premier partenaire officiel : son agent commence par aborder des sujets financiers généraux avant d'orienter progressivement la conversation vers ses offres. Ce lancement intervient dans un contexte de croissance massive de l'usage de la messagerie sur la plateforme : 85 % des utilisateurs de Snapchat s'en servent régulièrement, et plus de 950 milliards de messages ont été envoyés au premier trimestre 2026 seulement.
Cette initiative marque un tournant dans la façon dont la publicité s'infiltre dans les espaces numériques intimes. Contrairement à une bannière ou une vidéo sponsorisée clairement identifiable, les AI Sponsored Snaps se comportent comme de vrais interlocuteurs, rendant la frontière entre conversation et démarchage commercial particulièrement floue. Ajit Mohan, directeur commercial de Snapchat, résume la philosophie du projet en ces termes : "La conversation devient le bien immobilier le plus précieux en publicité." Pour les utilisateurs, l'intérêt reste difficile à cerner : les réponses fournies ne diffèrent pas fondamentalement de celles d'un assistant classique comme Gemini ou Claude, à la différence près que chaque échange est pensé pour générer des revenus aux marques partenaires. C'est la promesse d'un service, mais au profit du commanditaire.
Snapchat s'appuie pour cela sur le bilan de My AI, son assistant conversationnel lancé en 2023, qui aurait été utilisé par plus de 500 millions de personnes depuis son déploiement. Ce socle d'adoption massif offre à la plateforme un terrain d'expérimentation publicitaire sans précédent dans la messagerie sociale. Mais le parcours n'a pas été sans accrocs : lors de tests menés par des journalistes et des chercheurs simulant des profils d'adolescents, My AI avait déjà fourni des réponses jugées inappropriées sur des sujets sensibles, soulevant des questions sur la modération et la protection des mineurs. Avec les AI Sponsored Snaps, ces enjeux se doublent d'une dimension commerciale qui risque d'amplifier les critiques. Le modèle que Snapchat est en train de construire, où l'IA sert autant de vendeur que d'assistant, pourrait bien devenir une référence pour d'autres plateformes cherchant à monétiser leurs espaces de conversation.
L'AI Act européen impose des obligations de transparence qui pourraient contraindre Snapchat à identifier explicitement ces agents comme outils commerciaux auprès des utilisateurs européens, et la CNIL pourrait examiner la collecte de données conversationnelles à des fins publicitaires.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




