
Départs, réorganisation, portrait de Sam Altman, entrée en bourse : ça patine chez OpenAI
OpenAI traverse une période de turbulences organisationnelles majeures. Fidji Simo, directrice générale des applications et numéro deux de l'entreprise, a annoncé fin mars un congé maladie forcé en raison du syndrome de tachycardie orthostatique posturale, diagnostiqué en 2019. Embauchée en mai 2025, l'ancienne PDG d'Instacart et ex-vice-présidente de Facebook avait en moins d'un an profondément recentré la stratégie d'OpenAI vers la génération de code et les services aux entreprises, au détriment de projets comme Sora ou le "mode adulte" de ChatGPT. Son départ temporaire entraîne une redistribution immédiate des responsabilités : le président Greg Brockman reprend sous sa direction le projet de "superapp" qui devait fusionner ChatGPT, Codex et le navigateur Atlas, tandis que Brad Lightcap, directeur des opérations, hérite des "projets spéciaux". Dans la foulée, Kate Rouch, directrice marketing depuis dix-huit mois, a également annoncé son retrait temporaire pour soigner un cancer.
Ces départs simultanés tombent à un moment particulièrement délicat pour OpenAI, qui vient de boucler un tour de table colossal de 122 milliards de dollars et envisage une introduction en bourse à Wall Street en 2026. Selon The Information, des frictions existent entre la directrice financière Sarah Friar et Sam Altman sur le calendrier de l'IPO. Friar s'inquiète des procédures encore incomplètes, des risques liés aux engagements massifs en infrastructures serveurs, et d'une croissance des revenus qui tournerait en deçà des attentes. La marge brute 2025 aurait elle aussi déçu les investisseurs, rongée par des achats en urgence de capacités de calcul pour absorber une demande explosive. Détail révélateur de la complexité interne : Friar ne relevait pas de Sam Altman, comme le veut l'usage, mais directement de Fidji Simo, dont elle se retrouve désormais sans hiérarchie directe.
Ce remue-ménage intervient dans un contexte où la gouvernance d'OpenAI est scrutée de près, en interne comme à l'extérieur. Un long portrait de Sam Altman publié ce week-end par The New Yorker, s'appuyant sur des témoignages et mémos internes, décrit un dirigeant habile et obsédé par la victoire, mais dont le style de management suscite des tensions répétées au sommet de l'organisation. OpenAI a connu en deux ans plusieurs crises de gouvernance majeures, dont le licenciement puis la réintégration d'Altman en novembre 2023. L'entreprise doit désormais prouver aux marchés et à ses investisseurs, dont SoftBank, Amazon et NVIDIA, qu'elle est capable de stabiliser son organisation avant de franchir le pas d'une cotation publique. La question n'est plus seulement technologique : c'est la maturité institutionnelle d'OpenAI qui est en jeu.



