
OpenAI s’offre la chaîne tech TBPN pour « accélérer la conversation autour de l’IA »
OpenAI a annoncé jeudi 2 avril l'acquisition de TBPN (Technology Business Programming Network), une chaîne tech américaine lancée fin 2024 par John Coogan, 29 ans, et Jordi Hays, 36 ans, deux entrepreneurs ayant eux-mêmes vendu plusieurs startups pour des montants à plusieurs chiffres. Le show diffuse chaque jour trois heures en direct de commentaires d'actualité et d'interviews de fondateurs de startups, avec un carnet d'adresses impressionnant : Satya Nadella, Mark Zuckerberg, Marc Benioff ou Sam Altman sont passés sur son plateau. Malgré des audiences relativement modestes (70 000 spectateurs par émission selon le Wall Street Journal), la chaîne est rentable, avec environ 5 millions de dollars de revenus publicitaires en 2025 et une projection dépassant 30 millions pour 2026. Ses annonceurs incluent Shopify, Google pour Gemini et CrowdStrike. En décembre 2025, elle avait déjà signé un partenariat avec la bourse de New York. L'acquisition a été annoncée par Fidji Simo, numéro deux d'OpenAI, qui a salué ce que TBPN a "construit de vraiment spécial".
Pour OpenAI, ce rachat représente un levier d'influence direct sur la conversation tech aux États-Unis, là où se forment les opinions des investisseurs, fondateurs et décideurs. TBPN n'est pas un média grand public : The Free Press la qualifiait en septembre 2025 de show le plus influent de la Silicon Valley. Racheter une audience aussi ciblée permet à OpenAI de ne plus seulement subir la couverture médiatique, mais de participer activement au récit de l'IA en touchant précisément les professionnels qui financent, construisent et régulent le secteur. C'est une stratégie de soft power industriel, pas de communication grand public.
Ce mouvement s'inscrit dans une dynamique plus large où les grandes entreprises tech cherchent à contrôler ou influencer directement les canaux d'information qui les concernent. OpenAI, dont la mission officielle est le bénéfice de l'humanité via une IA générale, se retrouve régulièrement sous pression médiatique et réglementaire de part et d'autre de l'Atlantique. Posséder une plateforme résolument pro-business, connectée au réseau Peter Thiel et célébrée par la Silicon Valley, lui offre une tribune naturelle pour cadrer le débat autour de l'IA selon ses propres termes. La question qui reste ouverte est celle de l'indépendance éditoriale de TBPN : Coogan et Hays ont construit leur audience précisément sur une image d'authenticité et de franchise. Comment concilier cette posture avec le statut de propriété d'OpenAI reste à voir, alors que les prochains sujets brûlants du secteur, réglementation, AGI, emploi, concernent directement leur nouvel actionnaire.
Le contrôle par un acteur dominant de l'IA d'un canal d'influence auprès des investisseurs et décideurs tech renforce un déséquilibre narratif déjà défavorable aux acteurs et régulateurs européens du secteur.



