
La Chine détaille ses objectifs de déploiement de l'IA dans son plan quinquennal
La Chine a adopté son 15e Plan quinquennal, un document de planification stratégique couvrant la période 2025-2030, qui place l'intelligence artificielle au coeur des priorités nationales. L'IA y est citée aux côtés de l'informatique quantique, de la biotechnologie et de l'énergie comme axe fondamental de la politique scientifique du pays. Le plan appelle explicitement au développement de puces IA haute performance, à la recherche sur de nouvelles architectures de modèles et leurs algorithmes sous-jacents, ainsi qu'à l'expansion des réseaux de communication 5G+ et 6G pour supporter les charges de travail IA. Sur le plan des infrastructures numériques, le gouvernement prévoit la création de hubs nationaux de calcul baptisés "clusters de calcul intelligent", accessibles via des mécanismes de marché comme la location de ressources computationnelles pour toucher le plus grand nombre d'acteurs économiques, y compris les petites entreprises.
L'impact concret de ce plan s'étend à presque tous les secteurs de l'économie chinoise. Dans l'industrie, l'agriculture, l'énergie et les services, le gouvernement entend accroître le recours à l'IA dans la conception industrielle, la gestion des processus de production, et les opérations logistiques. Pour les consommateurs, Pékin veut multiplier les appareils compatibles IA, des smartphones aux robots, et intégrer la technologie dans l'éducation avec des systèmes d'apprentissage adaptatif, dans la santé avec des outils d'aide au diagnostic, et dans les services à la personne pour la gestion du vieillissement de la population. Au niveau de l'administration publique, les services numériques de l'ensemble du secteur public devront s'appuyer sur des systèmes de données intégrés et des modèles standardisés, y compris pour l'évaluation des risques liés à la sécurité publique.
Ce plan s'inscrit dans une compétition technologique mondiale qui oppose la Chine aux États-Unis sur le terrain de la suprématie en IA. Le document révèle une approche assez fermée sur la coopération internationale, se limitant à une participation prudente aux discussions sur les standards mondiaux relatifs aux flux de données et aux infrastructures. Sur le plan de la gouvernance, le texte consacre une partie substantielle à la régulation, réclamant des cadres juridiques spécifiques à l'IA, notamment des règles sur l'enregistrement des nouveaux algorithmes, la sécurité et la transparence, tout en identifiant des risques tels que le détournement de données et les deepfakes. Le niveau de généralité du document laisse cependant peu de détails sur les mesures concrètes à venir : les véritables arbitrages stratégiques de Pékin se dessineront au fil des cinq prochaines années, à travers les politiques sectorielles et les investissements publics qui viendront préciser ces grandes orientations.
La rivalité sino-américaine pour la suprématie en IA accentue la pression sur l'UE pour accélérer sa propre stratégie industrielle et affirmer sa souveraineté numérique face à deux blocs qui tendent à définir seuls les standards mondiaux.


