Il y a 30 ans, les robots ont appris à marcher sans tomber
En 1996, Honda a présenté le Prototype 2 (P2), le premier robot humanoïde autonome capable de marcher sans tomber. Mesurant 183 centimètres pour 210 kilogrammes, le P2 pouvait contrôler sa posture pour maintenir l'équilibre et actionner plusieurs articulations simultanément. Cette réalisation vient d'être reconnue comme un IEEE Milestone, avec une cérémonie de dédicace prévue le 28 avril au Honda Collection Hall, sur le circuit Mobility Resort Motegi au Japon. Derrière cette prouesse, quatre ingénieurs Honda : Kazuo Hirai, Masato Hirose, Yuji Haikawa et Toru Takenaka, qui avaient lancé le projet dès 1986 avec l'ambition de créer un robot domestique capable de monter des escaliers, contourner des obstacles et manipuler des outils. Cette avancée a redéfini les standards de la robotique mondiale. Avant le P2, aucun robot ne pouvait se déplacer de manière autonome sans perdre l'équilibre — le WABOT-1, construit en 1973 à l'Université Waseda de Tokyo, pouvait certes marcher et parler japonais, mais de façon instable et sans capacité à éviter les obstacles. L'équipe Honda a dû repenser entièrement la biomécanique humaine : analyser les mouvements du corps, adapter le nombre d'articulations (hanches, genoux, chevilles, épaules), et installer des moteurs DC avec des systèmes de réduction harmonique pour concilier compacité et couple élevé. Les premiers prototypes, comme le E0 — une simple paire de jambes — mettaient 15 secondes par pas. Chaque itération a permis de passer de la marche statique en ligne droite à une locomotion dynamique et autonome, ouvrant la voie aux robots humanoïdes modernes comme l'ASIMO ou ceux développés aujourd'hui par Boston Dynamics, Figure ou 1X. Quand C-3PO est apparu sur grand écran en 1977, l'idée d'un androïde marchant et interagissant comme un humain relevait de la science-fiction. Il aura fallu près de vingt ans à l'ingénierie réelle pour rattraper cette vision — et le P2 en a posé la première pierre concrète.
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