San Francisco accueille un club de combat de robots, General Catalyst fait le buzz
Jeudi dernier, une boîte de nuit du quartier SoMa à San Francisco accueillait un spectacle pour le moins inhabituel : des combats de robots humanoïdes de la taille d'un enfant dans une cage octogonale, sur fond de musique électronique et d'un animateur en blazer à paillettes. L'événement, baptisé "Robot Fight Night and Dance Off", réunissait quelques centaines de spectateurs venus encourager des machines maladroites à se frapper mutuellement. Derrière ce cirque technologique se cache Nebius, une société de cloud computing cherchant à se faire connaître : les robots, fabriqués par la firme chinoise Unitree, avaient été entraînés et chorégraphiés par Ultimate Fighting Bots, une ligue de sports pour robots humanoïdes, sur la plateforme cloud de Nebius. Dans le même temps, General Catalyst, l'un des fonds de capital-risque les plus influents de la Silicon Valley, publiait une vidéo marketing qui a cumulé 2,5 millions de vues sur Twitter en quelques jours, déclenchant une vive polémique dans le milieu du venture capital.
Ces deux événements illustrent, chacun à leur manière, une forme de surchauffe dans l'industrie technologique. La robotique concentre aujourd'hui des sommes colossales : Jensen Huang de Nvidia y voit "la prochaine frontière de l'IA", Elon Musk présente Optimus comme "le plus grand produit de Tesla", et la startup Figure de Brett Adcock atteignait une valorisation de 39 milliards de dollars l'an dernier. Des dizaines de milliards ont été injectés dans des entreprises qui promettent de remplacer des millions de travailleurs dans les usines et les maisons de retraite. Transformer ces machines en attractions de combat revient, selon Shane Wilson, associé chez Citta Capital, à démontrer "le biais testostérone des startups en phase d'amorçage". La vidéo de General Catalyst, elle, a agacé Marc Andreessen et ses équipes : le personnage du capital-risqueur imprudent et peu sérieux qu'elle met en scène ressemble de façon troublante à Andreessen lui-même. Propulsée par ses réactions en ligne, la vidéo est devenue l'un des sujets les plus commentés entre investisseurs cette semaine, certains la qualifiant de "de mauvais goût".
La soirée SoMa confirmait pourtant une chose : la révolution robotique annoncée ressemble pour l'instant moins à une armée de Terminators qu'à une procession de machines titubantes peinent à se porter des coups. Un ingénieur d'OpenAI présent dans la salle reconnaissait que les robots n'avaient guère progressé depuis un an. Quant à General Catalyst, habituellement discret dans les joutes verbales entre fonds, cette incursion dans le marketing viral marque un tournant dans la guerre d'image qui oppose les grandes firmes de la Silicon Valley. Le secteur du venture capital, sous pression alors que la bulle IA s'emballe, ne résiste plus à la tentation de la mise en scène, qu'il s'agisse de robots qui se battent maladroitement ou de vidéos qui règlent des comptes à peine voilés.
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