
Nebius, Lambda et CoreWeave refusent les TPUs malgré la pression de Google
Lors de sa dernière conférence téléphonique sur ses résultats financiers, Google a annoncé qu'il prévoit de vendre ses puces TPU (tensor processing units) directement à des clients entreprises pour une utilisation dans leurs propres centres de données, une rupture majeure avec une stratégie qui cantonnait jusqu'ici ces accélérateurs quasi exclusivement à Google Cloud. Mais au même moment, trois dirigeants de grands acteurs du "neocloud" ont clairement indiqué ne pas avoir l'intention d'adopter les TPU dans un avenir proche. Chuck Fisher, directeur financier de Lambda, a déclaré lors d'une conférence de The Information : "Nous saignons vert chez Lambda", allusion directe aux couleurs d'Nvidia. Marc Boroditsky, directeur commercial de Nebius, a confirmé que 99 % de la demande que reçoit son entreprise porte sur des GPU Nvidia, précisant que les rares clients qui s'enquièrent des TPU sont souvent d'anciens salariés de Google. Nick Robbins, vice-président de CoreWeave, a quant à lui noté que les principaux utilisateurs de TPU, Google, Anthropic et Meta, sont aussi parmi les plus gros acheteurs de GPU, ce qui conforte la rentabilité de miser sur Nvidia.
Ces déclarations révèlent le défi structurel auquel Google se heurte pour faire des TPU une alternative crédible aux GPU d'Nvidia. Les neoclouds, canal de distribution naturel pour ce type de matériel, sont profondément liés à Nvidia : la firme de Santa Clara est à la fois leur principal fournisseur, un investisseur clé et souvent un important client. La logique économique est implacable : lorsque 99 % du marché réclame une technologie précise, parier sur une alternative représente un risque difficile à justifier. Chaque mégawatt alloué fait l'objet d'un calcul de rendement ajusté au risque, et dans ce calcul, Nvidia l'emporte largement.
Confronté au désintérêt des grands neoclouds, Google a réorienté sa stratégie de distribution. Après avoir tenté d'intégrer ses TPU aux infrastructures de CoreWeave et de Crusoe, sans succès, la firme a conclu un accord avec Fluidstack, une startup encore peu connue dans le secteur, pour déployer des TPU au bénéfice d'Anthropic, en garantissant des milliards de dollars en baux et en dettes liés à ces déploiements. Le PDG Sundar Pichai a confirmé que Google vise un "groupe sélectif de clients", notamment dans les services financiers et l'IA de pointe, plutôt que de chercher à rendre ses puces aussi répandues que les GPU. Sur le plan financier, Google négocie avec de grands fonds d'investissement pour créer des coentreprises et des véhicules ad hoc permettant d'acheter des TPU et de les louer aux clients finaux, réduisant ainsi sa dépendance aux neoclouds pour la distribution de son matériel propriétaire.
Nebius, acteur neocloud implanté en Europe, confirme que 99 % de la demande de ses clients porte sur des GPU Nvidia, illustrant la dépendance du marché européen à l'égard de ce fournisseur pour l'infrastructure IA.
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




