
Le bémol sur le retrait de Benchmark du capital de Manus
Le fonds de capital-risque américain Benchmark a distribué à ses investisseurs les bénéfices de la vente de Butterfly Effect, la startup singapourienne à l'origine de l'agent IA Manus, avant même que les régulateurs chinois ne bloquent la transaction. Meta avait annoncé en décembre 2025 le rachat de cette entreprise pour plus de 2 milliards de dollars. Benchmark avait mené un tour de financement de 75 millions de dollars au printemps 2024, valorisant la startup à environ 500 millions de dollars. La transaction avait été bouclée en fin d'année, et les retours sur investissement ont déjà été redistribués aux limited partners du fonds avant que Pékin n'intervienne cette semaine pour exiger l'annulation de l'opération.
Le blocage par les autorités chinoises crée une situation juridique inédite : Meta se retrouve contrainte de se défaire d'un actif qu'elle a déjà acquis, sans pouvoir récupérer facilement les fonds versés aux investisseurs. Frank Aquila, avocat spécialisé en fusions-acquisitions chez Sullivan & Cromwell, qualifie ce scénario de "proche de l'impossible", comparant la situation à vouloir "remettre le génie dans sa bouteille". Ce précédent serait, selon lui, "dangereux" pour toutes les entreprises envisageant des opérations transfrontalières impliquant des capitaux ou des actifs liés à la Chine.
Butterfly Effect avait été fondée à Pékin avant de déménager à Singapour, mais cette délocalisation n'a pas suffi à échapper à la juridiction de Pékin sur l'opération. L'investissement initial de Benchmark avait déjà suscité des critiques dans la communauté du capital-risque américain, certains VC estimant qu'il représentait un risque pour la sécurité nationale. L'affaire illustre les tensions croissantes entre les ambitions mondiales des géants technologiques américains et le durcissement du contrôle de Pékin sur les actifs stratégiques liés à l'IA, une dynamique qui risque de compliquer durablement les transactions transatlantiques et transpacifiques dans ce secteur.
Les entreprises et fonds d'investissement européens actifs dans des opérations transnationales impliquant des actifs IA liés à la Chine sont exposés au même risque de blocage réglementaire par Pékin, menaçant la sécurité juridique des transactions transfrontalières dans le secteur IA.
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