
☕️ OkCupid épinglé pour un transfert de photos d’utilisateurs vers une société d’IA
En mars 2026, OkCupid et sa maison mère Match Group ont conclu un accord avec la Federal Trade Commission (FTC) américaine après la révélation que le site de rencontres avait transmis illégalement les données de ses utilisateurs à une société d'intelligence artificielle. Au cœur de l'affaire : 3 millions de photos d'utilisateurs, accompagnées de données démographiques et de géolocalisation, livrées à Clarifai, une entreprise spécialisée dans la reconnaissance faciale. Les faits remontent à 2014, lorsque Matthew Zeiler, fondateur de Clarifai, contactait Maxwell Khron, cofondateur d'OkCupid, pour obtenir un accès massif aux données du site, dont des dirigeants d'OkCupid étaient par ailleurs actionnaires. Ce transfert s'est effectué sans aucune restriction sur l'usage ultérieur des informations, sans notification aux utilisateurs et sans possibilité pour eux de s'y opposer. L'accord avec la FTC, finalisé fin mars 2026, oblige OkCupid et Match à ne plus induire en erreur leurs membres sur l'utilisation de leurs données personnelles, mais n'implique aucune sanction financière, la FTC ne disposant pas de ce pouvoir.
Le scandale illustre une pratique qui touche directement des millions de personnes ayant confié leurs photos et informations intimes à une plateforme de rencontres, sans jamais imaginer que ces données alimenteraient des modèles de reconnaissance faciale commerciaux et militaires. Clarifai compte en effet parmi ses clients l'armée américaine, ce qui soulève des questions sérieuses sur l'usage final de ces données biométriques. L'absence totale de consentement, combinée à la violation explicite de la propre politique de confidentialité d'OkCupid, place cet accord dans la catégorie des manquements les plus graves aux droits des utilisateurs : non seulement les règles internes ont été bafouées, mais une loi fédérale interdisant les pratiques commerciales trompeuses l'a également été.
L'enquête de la FTC, ouverte en 2019, aura mis cinq ans à aboutir à un règlement qui, pour beaucoup d'observateurs, reste insuffisant face à l'ampleur des faits. Clarifai, qui n'était pas formellement mise en cause dans la procédure, a affirmé avoir supprimé les données reçues d'OkCupid, mais seulement douze ans après les faits, et sans préciser combien de modèles avaient été entraînés sur ces données ni pendant combien de temps ils avaient été utilisés ou commercialisés. L'affaire s'inscrit dans un contexte plus large de monétisation opaque des données issues des applications de rencontres : des enquêtes parallèles ont révélé que des données similaires ont été revendues pour identifier des membres du clergé catholique. Match Group, qui opère également Tinder, Hinge et plusieurs autres plateformes, se retrouve ainsi au centre d'un débat croissant sur la gouvernance des données personnelles sensibles dans le secteur des applications de rencontres.
Les utilisateurs français et européens de Tinder, Hinge et OkCupid (Match Group) sont concernés par des pratiques de partage de données biométriques similaires potentiellement contraires au RGPD, soulevant des questions sur la gouvernance des données sensibles par les plateformes de rencontres opérant en Europe.



