
Comment se préparer à un incident de système IA et y répondre
Une majorité d'organisations seraient incapables de gérer correctement une crise liée à leurs systèmes d'IA, selon un rapport publié par l'ISACA, association internationale spécialisée dans la gouvernance des systèmes d'information. L'étude révèle que 59 % des professionnels interrogés ne savent pas combien de temps il faudrait à leur organisation pour interrompre un système d'IA en cas d'incident de sécurité. Seuls 21 % affirment pouvoir intervenir en moins de trente minutes. Par ailleurs, 42 % seulement se disent capables d'analyser et d'expliquer un incident grave, et 20 % avouent ignorer qui serait responsable si un système d'IA causait des dommages. À peine 38 % désignent un membre du conseil d'administration ou un dirigeant exécutif comme ultimement responsable.
Ces chiffres révèlent une faille structurelle aux conséquences potentiellement graves. Un système d'IA compromis ou défaillant qui continue de fonctionner sans contrôle peut causer des dommages irréversibles, qu'ils soient opérationnels, financiers ou réputationnels. L'incapacité à expliquer un incident aux régulateurs expose également les entreprises à des sanctions légales et à une perte de confiance publique. Ali Sarrafi, PDG de Kovant, une plateforme d'entreprise autonome, souligne que le problème n'est pas le rythme d'adoption de l'IA, mais la manière dont elle est gérée : les systèmes sont intégrés dans des flux de travail critiques sans la couche de gouvernance nécessaire pour superviser leurs actions, identifier les responsables et les stopper instantanément si nécessaire. Plus d'un tiers des organisations n'exigent même pas que leurs employés signalent où et quand ils utilisent l'IA dans leurs livrables, ce qui multiplie les angles morts.
La gouvernance de l'IA reste un chantier largement inachevé dans la plupart des secteurs, malgré un durcissement réglementaire qui engage davantage la responsabilité des dirigeants. Si 40 % des répondants indiquent qu'un humain valide la quasi-totalité des actions d'IA avant déploiement et 26 % évaluent les résultats a posteriori, cette vigilance individuelle reste insuffisante en l'absence d'une infrastructure de contrôle solide. Sarrafi plaide pour que les systèmes d'IA soient traités comme des "employés numériques", dotés d'une propriété claire, de chemins d'escalade définis et d'un mécanisme de suspension immédiate en cas de dépassement de seuils de risque. La gouvernance ne peut pas être une réflexion après coup : elle doit être intégrée dès la conception, à chaque niveau de l'architecture. Les organisations qui parviendront à mettre cela en place ne se contenteront pas de réduire les risques, elles seront aussi les mieux positionnées pour déployer l'IA à grande échelle en toute confiance.
L'AI Act impose aux organisations déployant des systèmes d'IA à risque élevé en Europe des obligations de gouvernance, de traçabilité et de gestion des incidents, rendant ces lacunes structurelles directement problématiques sur le plan réglementaire.



