Vérification d’identité obligatoire sur Claude, l’erreur fatale d’Anthropic ?
Anthropic a introduit une procédure de vérification d'identité obligatoire pour accéder à certaines fonctionnalités de Claude, son assistant IA. Le processus repose sur la technologie de Persona Identities et exige une pièce d'identité officielle avec photo, passeport, permis de conduire ou carte nationale d'identité, ainsi qu'un appareil équipé d'une caméra, une capture en direct de type selfie pouvant être demandée. La vérification se déroule en moins de cinq minutes. Elle est déployée progressivement, et n'apparaît pas systématiquement à la connexion, mais peut surgir lors de l'accès à certaines fonctionnalités spécifiques. En cas de problème détecté, infractions répétées aux conditions d'utilisation, compte créé depuis une zone non prise en charge, utilisation par un mineur, le compte peut être suspendu à l'issue du processus.
Cette décision place Anthropic dans une position délicate face à ses concurrents directs. Ni OpenAI avec ChatGPT, ni Google avec Gemini n'imposent une telle étape à leurs utilisateurs. Demander une pièce d'identité officielle crée un friction significative à l'onboarding, susceptible de faire fuir des utilisateurs vers des alternatives moins contraignantes. Pour les professionnels et entreprises, la question de la confidentialité se pose également : transmettre un document d'identité à un tiers, fût-il un prestataire certifié comme Persona, soulève des réticences légitimes, même si Anthropic affirme que les données collectées servent exclusivement à confirmer l'identité et ne seront jamais utilisées pour entraîner ses modèles.
La décision s'inscrit dans une stratégie de conformité réglementaire et de prévention des abus que la compagnie de San Francisco défend depuis sa fondation autour du concept d'IA "constitutionnelle" et sûre. Anthropic justifie la mesure par la nécessité de savoir qui se trouve derrière l'écran, de faire respecter les règles d'utilisation et de répondre à des obligations légales croissantes, notamment dans un contexte où les régulateurs américains et européens scrutent de plus en plus les plateformes d'IA générative. La question qui se pose désormais est de savoir si cette approche, plus rigoureuse sur le plan éthique, constitue un avantage concurrentiel à long terme auprès des entreprises soucieuses de traçabilité, ou si elle handicape durablement l'adoption grand public de Claude face à des rivaux qui misent sur la facilité d'accès immédiate.
La mesure s'inscrit dans un contexte de durcissement réglementaire européen, et pourrait anticiper des exigences similaires imposées aux plateformes d'IA générative par l'AI Act ou les autorités comme la CNIL.