
Anthropic juge son modele IA cyber le plus puissant trop dangereux pour etre publie, et lance Project Glasswing
Anthropic a annoncé mardi le lancement du Projet Glasswing, une initiative de cybersécurité d'envergure articulée autour d'un modèle d'intelligence artificielle inédit baptisé Claude Mythos Preview. Jugé trop puissant pour une diffusion publique, ce modèle est déployé en accès restreint auprès d'une coalition de douze grandes entreprises technologiques et financières, parmi lesquelles Amazon Web Services, Apple, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorganChase, Microsoft, Nvidia et Palo Alto Networks. Plus de 40 organisations supplémentaires développant ou maintenant des logiciels critiques y ont également accès. Anthropic engage jusqu'à 100 millions de dollars en crédits d'utilisation pour Claude Mythos Preview dans le cadre de ce programme, ainsi que 4 millions de dollars en dons directs à des organisations de sécurité open source. Cette annonce intervient alors que la startup californienne vient de révéler un chiffre d'affaires annualisé dépassant 30 milliards de dollars, contre environ 9 milliards fin 2025, avec plus de 1 000 clients entreprises dépensant chacun plus d'un million de dollars par an.
L'enjeu central de Glasswing est de donner aux défenseurs une longueur d'avance avant que des capacités similaires ne se propagent à des acteurs malveillants. Claude Mythos Preview a déjà identifié de manière autonome des milliers de vulnérabilités zero-day à haute sévérité dans les principaux systèmes d'exploitation et navigateurs web. Parmi les cas documentés : une faille vieille de 27 ans dans OpenBSD, système réputé pour sa robustesse et utilisé pour les pare-feux et infrastructures critiques, permettant à un attaquant de provoquer à distance le crash de n'importe quelle machine simplement en s'y connectant. Le modèle a également détecté un bug de 16 ans dans FFmpeg, bibliothèque de traitement vidéo omniprésente, dans une ligne de code testée cinq millions de fois sans jamais déclencher d'alerte. Ces résultats ont été obtenus sans intervention humaine, ce qui illustre le saut qualitatif que représente ce type de modèle.
Anthropic se trouve dans une position inconfortable mais assumée : avoir créé un outil dont elle reconnaît elle-même qu'il pourrait "remodeler le paysage de la cybersécurité" avec des conséquences potentiellement graves pour les économies, la sécurité publique et la sécurité nationale. Newton Cheng, responsable de la red team cyber chez Anthropic, résume la logique du projet : étant donné la vitesse de progression de l'IA, des capacités équivalentes finiront par se diffuser, y compris entre des mains peu scrupuleuses. Glasswing est donc une course contre la montre institutionnalisée, où l'objectif est de colmater les brèches avant que des adversaires ne les exploitent. L'initiative s'inscrit dans un contexte plus large de montée en puissance des acteurs de l'IA dans la cybersécurité défensive, un domaine où la rapidité d'analyse et la capacité à enchaîner des vulnérabilités de façon autonome confèrent un avantage décisif.
Les failles zero-day détectées (OpenBSD, FFmpeg) affectent des infrastructures critiques européennes, mais aucune organisation européenne n'est incluse dans la coalition initiale de Project Glasswing.
Un modèle qui trouve seul une faille vieille de 27 ans dans OpenBSD, c'est le genre de résultat qui change la discussion. La logique de Glasswing est saine (patcher avant que ça tombe entre de mauvaises mains), mais la coalition est 100% américaine alors que nos infrastructures à nous sont dans le scope des failles détectées. Ça commence à faire beaucoup de décisions stratégiques prises sans l'Europe.



