
Anthropic et la stratégie marketing de la peur autour de sa nouvelle IA Mythos (2/3)
Le 7 avril dernier, Anthropic a annoncé Mythos Preview, un modèle d'intelligence artificielle spécialisé dans la cybersécurité, en mettant en avant sa capacité à avoir déjà identifié "des milliers de vulnérabilités critiques", dont des failles dites 0-day, c'est-à-dire inconnues des éditeurs concernés. Pour contrôler les risques de prolifération, Anthropic a restreint l'accès de Mythos à une cinquantaine d'entreprises et organisations américaines gérant des infrastructures logicielles critiques, regroupées au sein du projet Glasswing. Seules onze d'entre elles ont été nommées publiquement : AWS, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorganChase, la Linux Foundation, Microsoft, NVIDIA et Palo Alto Networks. Hors des États-Unis, seul l'AI Security Institute britannique (AISI) a pu évaluer le modèle à ce stade, tandis que plusieurs institutions européennes tentent depuis de négocier un accès.
Cette stratégie de lancement illustre un usage délibéré de ce que le secteur tech désigne par l'acronyme FUD, pour "Fear, Uncertainty and Doubt", soit peur, incertitude et doute. En agitant la menace d'une IA capable de découvrir des failles à grande échelle tout en en limitant l'accès, Anthropic a réussi à générer une fébrilité considérable, y compris au plus haut niveau politique. L'administration Trump, qui menaçait encore récemment de blacklister Anthropic, a finalement invité le PDG Dario Amodei à la Maison-Blanche la semaine passée pour évoquer "des possibilités de collaboration", selon Politico. L'Office of Management and Budget aurait même déjà informé les agences fédérales américaines qu'elles allaient prochainement recevoir un accès à Mythos, d'après Bloomberg.
L'histoire du FUD dans la tech remonte aux années 1970, quand IBM utilisait des discours anxiogènes pour freiner la concurrence, une rhétorique reprise plus tard par Microsoft pour dépeindre Linux comme une menace. Avec Mythos, Anthropic n'attaque pas directement ses concurrents, mais joue sur la même mécanique : l'exclusivité d'accès alimente l'inquiétude en Europe, où des gouvernements craignent d'être tenus à l'écart d'un outil potentiellement décisif sur le plan géopolitique. Cette anxiété s'inscrit dans un contexte plus large où l'IA semble, pour l'instant, davantage profiter aux attaquants qu'aux défenseurs, renforçant la pression sur les États à ne pas rater le virage. Que Trump se retrouve simultanément à courtiser Anthropic en justice et à lui ouvrir les portes des agences fédérales illustre bien la contradiction inhérente à cette course : personne ne veut être le dernier à accéder à l'outil qu'il redoute.
Les institutions européennes tentent activement de négocier un accès à Mythos sans y être parvenues à ce stade, alimentant une anxiété géopolitique réelle face au risque d'exclusion d'un outil potentiellement décisif en matière de cybersécurité d'État.




