
Les modèles du monde au service d'interventions endovasculaires robotisées autonomes et sûres
Des chercheurs ont développé un système d'intelligence artificielle capable de naviguer de manière autonome dans les vaisseaux sanguins pour traiter des accidents vasculaires cérébraux, sans intervention humaine directe. Publiés sur arXiv, leurs travaux portent sur la thrombectomie mécanique, une procédure d'urgence qui consiste à retirer un caillot obstruant une artère cérébrale. L'agent IA repose sur TD-MPC2, un algorithme d'apprentissage par renforcement basé sur un modèle du monde, capable de planifier ses actions en anticipant les conséquences de ses mouvements. Testé sur des anatomies vasculaires propres à chaque patient, il affiche un taux de succès de 58 % en simulation, contre 36 % pour le meilleur algorithme concurrent (SAC, Soft Actor-Critic), une différence statistiquement significative (p < 0,001). En laboratoire, sur des répliques physiques de vaisseaux réels guidées par fluoroscopie, TD-MPC2 atteint 68 % de succès contre 60 % pour SAC, avec une trajectoire plus optimale, bien qu'au prix de procédures légèrement plus longues. La force exercée par l'outil sur les parois vasculaires reste en moyenne à 0,15 newton, très en dessous du seuil de rupture estimé à 1,5 newton.
Ces résultats constituent une première mondiale : c'est la première fois qu'un système d'IA autonome pour la thrombectomie est validé à la fois en simulation sur des données patient inédites et sur des fantômes vasculaires physiques sous guidage fluoroscopique. L'enjeu est considérable car la thrombectomie mécanique est une course contre la montre : chaque minute perdue aggrave les séquelles neurologiques. Un système autonome fiable pourrait réduire la dépendance aux neuroradiologues interventionnels, dont la disponibilité 24h/24 est limitée, notamment dans les hôpitaux de taille moyenne.
La thrombectomie robotisée fait l'objet d'une compétition intense depuis plusieurs années, portée par des acteurs comme Siemens Healthineers, Corindus (filiale de Siemens) ou des startups comme Endowave. L'approche par modèles du monde est plus récente dans ce domaine : elle permet à l'agent de simuler mentalement les conséquences de ses actions avant d'agir, ce qui améliore la robustesse face à la diversité anatomique des patients. Les prochaines étapes passeront probablement par des essais précliniques sur animal avant toute perspective d'application clinique humaine.
La technologie pourrait à terme réduire les inégalités d'accès aux soins dans les hôpitaux européens de taille moyenne manquant de neuroradiologues interventionnels disponibles 24h/24.




